La Chine, c'est plus l'Amérique

TENDANCE Les entreprises européennes installées dans le pays s'inquiètent de la hausse des salaires...

Céline Boff

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Certaines sociétés européennes pourraient quitter la Chine pour le Vietnam
Certaines sociétés européennes pourraient quitter la Chine pour le Vietnam — Yuan He/AP/SIPA

Associer «Chine» et «délocalisation» sera bientôt ringard. Car «l'atelier du monde» devient de plus en plus cher… L'augmentation des salaires est même l'une des préoccupations majeures des sociétés européennes installées en Chine, selon une enquête publiée mardi par la Chambre de commerce européenne en Chine. Pire, 22% des entreprises européennes implantées dans ce pays envisagent d'y détourner leurs investissements… notamment en raison de la hausse des coûts du travail. Rien de surprenant pour El Mouhoub Mouhoud, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine: «La hausse des salaires chinois est constante depuis dix ans et sur les zones côtières, où sont installées les sociétés, les tensions sur le marché du travail deviennent énormes.»

Le Vietnam en profite

Selon une étude Natixis, le salaire horaire dans l'industrie est passé de 0,59 centime de dollars en 2002 à 1,79 dollar en 2010. Soit une hausse de 203% en huit ans.

«Pour les entreprises qui vendent leurs produits en Europe, il faut ajouter la hausse du taux de change yuan-euro», insiste l'économiste Danielle Schweifguth. Il est d'ailleurs impératif de différencier les sociétés qui s'implantent en Chine pour conquérir le marché chinois de celles qui réacheminent ensuite leur production en Europe. Seules les secondes vont revoir leur stratégie et se délocaliser à nouveau.

Au profit de qui ? «Du Vietnam», répondent les spécialistes, où le salaire horaire se situe autour de 50 centimes de dollar. «C'est au final une bonne nouvelle pour la Chine, car sa classe moyenne se développe et son marché intérieur se dynamise. C'est aussi bon pour la France, car cela prouve que les pays de sous-traitance ne le restent pas longtemps et que nous pouvons être compétitifs, en étant innovants», affirme Mouhoub Mouhoud.

Un point de vue partagé par Danielle Schweifguth: «L'exemple à suivre est le Japon: il est proche de la Chine, mais en se spécialisant dans la domotique, c'est lui qui vend ses produits aux Chinois.»