Crise de la zone euro: Des «Etats-Unis d'Europe» comme seule solution?

Mathieu Bruckmüller

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 Le Parlement européen à Bruxelles, le 30  novembre 2011.
 Le Parlement européen à Bruxelles, le 30  novembre 2011. — © European Union

Gare au mal de mer. Le bateau européen tangue furieusement. Ses dirigeants sont au pied du mur alors que se tient ce mercredi soir le 18ème sommet depuis la crise de la dette. La question de la survie de la monnaie unique n’a jamais été posée avec autant d’acuité à moins d’un mois d’élections législatives décisives en Grèce dont le résultat pourrait signer à terme sa fin.

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Vers un fédéralisme économique

Depuis des mois, à chaque rencontre de la dernière chance, les chefs d’Etat et de gouvernement européens n’ont fait que colmater des brèches pour éviter le naufrage. Mais l’heure des choix cruciaux a sonné. Ce que les pays européens ont toujours refusé de faire depuis le début de la construction européenne, le fédéralisme économique, finit aujourd’hui par se rappeler à leur bon souvenir. «L’intégration s’est à chaque fois faite selon les besoins du moment. D’abord le charbon et l’acier en 1952, la politique agricole commune en 1962… Désormais, elle passe par la crédibilité devant les marchés», explique Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman.

En effet, pour soulager certains Etats comme l’Espagne, l’Italie ou la Grèce, qui paient des taux très élevés pour financer leur dette, asphyxiée par une politique d’austérité destructrice pour la croissance, plusieurs pays, dont la France, plaident pour la création d’euro-bonds. Concrètement, il s'agit de mutualiser une partie de la dette des Etats européens, pour leur permettre d'emprunter tous au même taux à travers l'émission d'euro-obligations. Dans un entretien accordé récemment à 20 Minutes, l’économiste Jacques Attali plaidait lui aussi pour ce mécanisme: «L'Europe en tant que structure fédérale n'a pas de dette, alors que les Etats-Unis en ont 15.000 milliards de dollars. Si l'Europe se donnait la possibilité d'emprunter, elle aurait la possibilité d'avoir un accélérateur. Si les dirigeants européens ne le font pas, ce sera une faute très grave que l'histoire leur reprochera.»

Rigueur, rigueur, rigueur d’abord pour les Allemands

Problème, les Allemands y sont pour l'instant fermement opposés. Ils empruntent à des taux très bas, fruit d’un assainissement budgétaire entamé il y a une dizaine d’années. Pourquoi nos voisins d’outre-Rhin paieraient-ils plus cher qu’aujourd’hui pour emprunter si leurs voisins ne font pas le ménage d’abord dans leurs comptes? En résumé, ils ne sont pas hostiles à une solidarité financière, mais pas sans garanties des 16 autres membres de la zone euro. «La solution des euro-obligations n’est pas la solution si on reste dans la situation actuelle où chaque pays gère ses impôts et son budget. Elle le devient si nous mutualisons nos ressources, nos budgets, nos fiscalités. Il faut mutualiser les dettes et les ressources», argumente Dominique Giuliani qui parle alors d’une sortie par le haut pour l’Europe. Toutes les autres voies sont vouées à l’échec selon lui. «La création des Etats-Unis d’Europe c’est la condition sine qua none de la sortie de crise pour la zone euro. Sans union fédérale, elle ne peut pas exister», abonde l’économiste Marc Touati, auteur de Quand la zone euro explosera.

Face à la crise des dettes publiques en Europe, «la vraie réponse, la réponse qui est à la fois ambitieuse et efficace, la réponse qui permettrait la croissance que le président de la République appelle de ses voeux, c'est une plus grande intégration» européenne, a souligné mardi Laurence Parisot, la patronne du Medef, en plaidant de nouveau pour la création d'Etats-Unis d'Europe.

Pourtant, regrette Dominique Giuliani, la France sort d’une élection présidentielle sans jamais que cette question n’ait été abordée. Et pour cause, elle est politiquement très sensible. Dans une Europe où le populisme de droite et de gauche a le vent en poupe, le transfert de nouvelles compétences au niveau européen ne sera pas facile à vendre aux opinions publiques. Mais pour Marc Touati, c’est du quitte ou double. Soit l’Europe se fédéralise et renoue avec la croissance, soit elle explose.

Montrer la direction

Dans tous les cas, le premier scénario ne se ferait pas du jour au lendemain, «mais l’important c’est de montrer la direction que l’Europe souhaite prendre», estime argumente Dominique Giuliani. Pour rassurer in fine notamment les investisseurs extérieurs à la zone euro, qui ne savent plus ou donner de la tête pour comprendre le drame qui plane au-dessus de l’Europe.

Les responsables ont jusqu’au conseil européen du 28-29 juin pour accorder leurs violons sinon plus dure sera la chute.