Faute de moyens, les étudiants n'ont jamais été aussi nombreux à renoncer à des soins de santé

SANTE Ils sont 34%, contre 24% en 2008...

Mathieu Bruckmüller

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Illustration d'une consultation chez un medecin generaliste en Essonne . Carte vitale
Illustration d'une consultation chez un medecin generaliste en Essonne . Carte vitale — VINCENT WARTNER / 20 MINUTES

La sonnette d’alarme est tirée. En 2011, 34% des étudiants ont renoncé à des soins médicaux, contre 24% en 2008, selon la dernière enquête menée auprès de 8.500 personnes par la LMDE en partenariat avec la Mutualité française. Et ce principalement pour des raisons financières.  Autre chiffre révélateur de l’étude publiée ce mardi, 19% des étudiants ne sont pas couverts pas une complémentaire santé, contre 6% pour l’ensemble de la population française.

L’état de santé d’un étudiant sur cinq s’est dégradé

Dans ce contexte, 20% des étudiants estiment que leur état de santé s’est dégradé par rapport à l’année précédente. Pas de surprise, ce sont ceux qui sont le moins bien pris en charge par l’assurance-maladie obligatoire qui sont concernés. Ainsi, 7% des étudiants ont renoncé à des traitements dentaires comme les couronnes et 5% à des soins ophtalmologiques ou pour les étudiantes à des examens gynécologiques. Mais de plus en plus font également une croix sur la visite d’un généraliste. En l’absence de mutuelle et de médecin traitant, une consultation chez le généraliste à 23 euros ne sera remboursée qu’à hauteur de 5,90 euros par la Sécu.

Franchises médicales, participations forfaitaires, baisse de remboursement des médicaments… Pour 80% de la population, c’est moins d’un euro sur deux qui est pris en charge par la Sécu. Le recours à une mutuelle devient incontournable. Alors qu’un étudiant sur quatre a des difficultés à joindre les deux bouts avant la fin du mois (23% déclarent rencontrer de réelles difficultés à subvenir à leurs besoins), le dilemme est le suivant: se soigner ou payer son loyer, résume Gabriel Szeftel, président de la Mutuelle des étudiants (LMDE).

L’automédication a le vent en poupe

En conséquence, les étudiants sont plus que jamais tentés par l’automédication. Au cours de la dernière année, 92% se sont soignés seuls sans aller voir un médecin. Pas étonnant que les étudiants aient plus que jamais une mauvaise perception du système de santé. Plus d’un sur deux ne croit pas que chaque personne a la possibilité, en France, d’être soigné quelles que soient ses ressources financières. «La génération des baby-boomers a vécu à crédit. Si rien n’est fait, les jeunes devront régler pour leurs aînés des charges considérables liés à la santé, sans peut-être avoir droit eux-mêmes aux garanties dont bénéficiaient leurs parents. Ils ont des raisons objectives d’êtres inquiets», estime Etienne Caniard, président de la Mutualité française. Une inquiétude qui se traduit par le pourcentage d’étudiants concernés par un symptôme de trouble dépressif: 19%.

Halte aux idées reçues

Plus globalement, cette étude intitulée «Santé et conditions de vie des étudiants» est l’occasion aussi de tordre le cou à certaines idées reçues sur cette catégorie de la population. Ces étudiants ne sont pas tous des adeptes du fast-food, souligne Gabriel Szeftel. Loin de là. 63% déclarent que leur alimentation est équilibrée. Ainsi, 9% sont en surpoids, un pourcentage en ligne avec le reste de la population. Idem du côté de la consommation d’alcool. L’idée d’une jeunesse massivement alcoolisée, tristement propagée par des informations comme la mort par noyade de cinq jeunes à Bordeaux depuis 2011, ne tient pas la route. «La consommation est un fait social chez les étudiants comme dans le reste de la population», explique Gabriel Szeftel. 71% des étudiants ne boivent qu’une fois par semaine ou moins et 15% plusieurs fois par semaine. Quant à la sexualité, près de quatre étudiants sur cinq utilisent systématiquement un préservatif lors de chaque rapport avec un nouveau partenaire. 82% ont le sentiment d’être bien  informés sur le sida.  Des efforts doivent cependant être accomplis pour les autres infections sexuellement transmissibles, sur le recours au dépistage et sur la contraception.