La croissance cherche la bonne voie

EUROPE Les chefs d'Etat et de gouvernement européens se réunissent mercredi soir à Bruxelles...

Céline Boff

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Les dirigeants de la zone euro ont une conception différente de la croissance.
Les dirigeants de la zone euro ont une conception différente de la croissance. — B. REVERT / ISOPIX / SIPA

Mercredi, François Hollande dînera à Bruxelles. Comme tous les chefs d'Etat et de gouvernement européens, convoqués pour parler de la Grèce, de l'Espagne, et surtout de la croissance. Car c'est la grande nouveauté: après avoir prôné la rigueur pour surmonter la crise, les Etats semblent désormais d'accord sur la nécessité de lancer également des politiques de croissance. Bref, de faire de la croissance dans la rigueur. Mais comment cette nouvelle stratégie peut-elle se concrétiser? Mercredi soir, le gotha politique devrait discuter de trois mesures qui emportent plutôt l'adhésion (lire ci-dessous). Comme cette idée de lancer de grands chantiers européens, par exemple dans les domaines de l'énergie et de l'environnement, et de les financer à travers des emprunts émis par l'Union européenne. C'est ce que l'on appelle les «projects bonds».

Des mesures insuffisantes

Mais selon les économistes interrogés par 20 Minutes, ces mesures seront loin de suffire. Et les autres propositions envisageables ne feront pas l'unanimité. «Le problème, c'est que personne ne met la même définition derrière le mot croissance», explique l'économiste Christian Saint-Etienne. L'Allemagne milite pour des réformes structurelles comme le gel des prestations sociales, la flexibilité du marché du travail ou le report de l'âge de la retraite.» Tandis que «la France veut travailler sur la demande, la consommation, le pouvoir d'achat», détaille l'économiste Eric Heyer. Une troisième voie est toutefois possible: instaurer davantage de solidarité en Europe. Concrètement, les Etats pourraient mutualiser une partie de leurs dettes pour emprunter au même taux à travers des euro-obligations. Mais l'Allemagne rejette cette solution. Selon l'Eurobaromètre TNS paru lundi, 66% des Européens de la zone euro y sont pourtant favorables... Si le sujet sera au menu du dîner de mercredi, rien ne sera décidé avant le prochain sommet européen, prévu les 28 et 29 juin.

Zoom sur les trois mesures qui semblent en bonne voie d'adoption:

Emettre des «projects bonds»: L'idée : lancer de grands chantiers européens, surtout dans les domaines de l'énergie et de l'environnement, et les financer à travers des emprunts émis par l'Union européenne (UE). Un accord devrait être décroché cet été.

Affecter davantage d'argent à la BEI: Augmenter le capital de la Banque européenne d'investissement (BEI) – c'est-à-dire la banque de l'UE – lui permettra d'investir davantage, notamment en faveur des PME.

Mieux utiliser les fonds structurels: Chaque Etat verse une contribution pour alimenter le budget de l'Europe. Au lieu de rembourser le pays quand certains fonds ne sont pas utilisés, cet argent serait mis au service de projets identifiés par la Commission européenne, comme étant créateurs d'emplois. Si l'Allemagne est d'accord, il reste à convaincre le Royaume-Uni.

Et la taxe sur les transactions financières? Une telle mesure permettrait de financer les deux tiers du budget européen, et donc de soulager d'autant la contribution des Etats. Mais Londres y est farouchement opposé.