«La baleine de Londres»: Portrait du trader français qui a englouti JPMorgan Chase

FINANCE/INSOLITE Un trader français basé à Londres et travaillant pour la banque JPMorgan Chase fait face à des accusations de pertes financières de 1 à 3 milliards de dollars, révélées ce jeudi par sa banque. Un scénario à la Kerviel? Qui est vraiment Bruno Michel Iksil?…

Bertrand de Volontat

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La banque JPMorgan Chase face à une perte de 2 milliards de dollars
La banque JPMorgan Chase face à une perte de 2 milliards de dollars — Bebeto Matthews/AP/SIPA

Les légendes urbaines contemporaines raffolent des traders, et l’histoire vient d’en livrer un nouveau. Le trader français de JPMorgan Chase & Co, basé à la City, à Londres, Bruno Michel Iksil, aka «la baleine de Londres» ou «la baleine de la Tamise», aka Voldemort, - car il est «celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom» - est le nouveau personnage central d’un scandale financier de 2 milliards de dollars.

Si les comparaisons hâtives avec Jérôme Kerviel (Société Générale) ou Fabrice Pierre Tourre (Goldman Sachs) sont à bannir, il entre dans la lignée des financiers français et des traders de tous horizons (Alex Hope, Kweku Adoboli) impliqués dans une perte massive pour une banque, dans un climat de crise de confiance des places financières mondiales.


Des hauts puis des bas


Bruno Michel Iksil, qui a rejoint JP Morgan Chase en 2005 après être passé chez Natixis, a reçu ses surnoms à cause de ses paris risqués à plusieurs millions de dollars sur les CDS «credit default swaps», ces contrats d’assurances destinés à se protéger contre un défaut d'un pays ou d'une entreprise. C'est notamment sur des indices de CDS regroupant plusieurs sociétés qu'opère le fameux trader.

La «baleine» vient du nom déplaisant donné aux personnes riches qui lâchent des millions au casino. Iksil aurait 100 milliards de dollars de positions ouvertes. Tous ses placements n’ont d’ailleurs pas été des échecs puisqu’il a rapporté 100 millions de dollars - soit le montant de sa rémunération annuelle - à JP Morgan, à en croire le Wall Street Journal. Une somme qui avait déjà éveillé quelques soupçons en avril dernier et qui était à l’origine de ses surnoms donnés par des confrères. Le Wall Street Journal tranchait lui avec cette appellation, le décrivant plutôt comme discret. 

Pari perdu face aux hedge funds


Il est aujourd’hui, avec sa branche londonienne (le bureau d’investissement), dans l’œil du cyclone, étant pointé du doigt directement dans la perte de 2 milliards de dollars réalisée par JP Morgan Chase sur les six dernières semaines qui pourrait devoir faire face à 1 milliard de dollars supplémentaires au deuxième trimestre. Des investissements risqués qui coûtent cher.

Le trader travaille pour la section de JP Morgan Chase, division chargée de couvrir l'ensemble des risques de la banque, comme des prêts sur des placements risqués. Iksil aurait parié sur l'amélioration de la situation économique, synonyme de baisse du coût des assurances contre un risque de défaut - estimant qu'il n'aura pas à verser de prime aux acheteurs de ses CDS et a perdu face à des hedge funds, agacés par ses positions, qui ont parié contre lui. Un marché des CDS, théâtre de ces affrontements, qui se retrouve bien éloigné de sa fonction première.

La question fondamentale se repose après les jurisprudences Kerviel et Tourre: Iksil a-t-il adopté des positions risquées sans permission de la part de ses managers? En attendant, la liste des Français en mauvais termes avec le monde de la finance s’allonge. L’après 2008 et le renforcement des règles ne leur aura ni porté chance ni ne les aura poussés à prendre davantage de précautions et moins de risques.

Certains observateurs attendent toutefois encore que la perte de ces investissements soient confirmée. Et restent persuadés que si ces pertes sont effectives, elles seront à terme épongées. Mais ces pertes pourraient également s'aggraver. 

Son compte Twitter @Londonwhale a lui été suspendu.