Les Français gardent leurs distances avec le paiement sans contact

ETUDE Le baromètre MPRI (Indice de préparation aux paiements mobile) publié lundi par Mastercard montre que la route est encore très longue...

Claire Planchard

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Présentation du système de paiement par carte bancaire sans contact expérimenté à Nice, le 7 octobre 2010.
Présentation du système de paiement par carte bancaire sans contact expérimenté à Nice, le 7 octobre 2010. — BEBERT BRUNO/SIPA

On savait les Français très attachés à leur carte bancaire et à leur chéquier. Voilà une étude qui confirme que les grands acteurs du paiement mobile ont du pain sur la planche pour les faire changer d’avis.

La France derrière le Kenya et la Thaïlande

En matière de «préparation aux paiements mobiles» (m-commerce, paiement sans contact sur téléphone chez le commerçant ou entre personnes), la France pointe en effet à la 23e place sur 34 pays, confortablement calée entre le Nigeria et l’Egypte!

Pour évaluer ce niveau de maturité, l’étude de Mastercard prend en compte la convergence de six critères: «la préparation des consommateurs» (familiarité avec les terminaux mobiles, envie de les utiliser pour les achats, etc.),  «l’environnement» technologique et économique, l’offre de  «services financiers», les «infrastructures» (taux équipement en mobiles, équipements NFC, etc.), l’existence de «pôles de commerce mobile» et la «législation en vigueur» en matière de commerce dématérialisé notamment.

Au final, sur une échelle de 1 à 100, aucun pays étudié n’atteint le seuil fatidique de 60, considéré comme le «point d’inflexion» d’un marché mature, selon Mastercard. Mais avec son score de 31,2, la France est en dessous de la moyenne (33,2) et très loin derrière le trio de tête formé par Singapour (45,6), le Canada (42) et les Etats-Unis (41,5).

Une sécurité qui reste à prouver

Pourquoi une telle réticence? Les facteurs sont nombreux. Mais le premier d’entre eux est sans doute l’attachement prononcé des Français au mode de paiement hyper-sécurisé des cartes bancaires à puce avec un code confidentiel.

«Ce système propose un tel niveau de sécurité que les modes de paiement mobile ou sans contact  restent perçus comme des "gadgets" adoptés par les seuls geeks et technophiles. Il faut que les acteurs des télécoms, Internet et services financiers  fassent la démonstration de la sécurité de ces systèmes de paiement avec un effort de pédagogie et d’accompagnement nécessaire pour les démultiplier sur le territoire», estime Steve Bousabata, directeur  général Banking France de Wincor Nixdorf, qui publie depuis deux ans avec l’Ifop un baromètre annuel sur les attentes des Français en matière de moyens de paiement.

La dernière édition publiée en décembre dernier montrait déjà l’ampleur de la tâche,puisque seuls 28% des Français se disaient prêts à changer de mobile pour l’utiliser comme moyen de paiement.

Selon lui, les expérimentations ponctuelles menées à Strasbourg ou Nice ne sont pas à la hauteur de la tâche pour convaincre le grand public.

Un modèle économique à réinventer

Mais ce n’est pas tout: «la face cachée de l’iceberg, c’est le modèle économique qui est derrière: il faut que ce modèle soit intéressant pour tous les acteurs», souligne Steve Bousabata. Et en la matière, les banques françaises sont elles aussi à la traîne.

Un rapport «sur l’avenir des moyens de paiement en France» publié en mars dernier par Bercy mettait en avant la fragilité de l’équilibre financier du système actuel: cartes bancaires et virement sont les principales sources de revenu des banques, mais leurs marges tendent à se réduire face aux coûts induits par la gratuité de la mise à disposition des chèques et espèces. Un équilibre aujourd’hui menacé par l’arrivée de nouveaux entrants venus du secteur bancaire (Visa et Mastercard) ou de l’Internet (Google, Paypal) proposant des nouvelles solutions de paiement (porte-monnaie électronique mobile, Wallet, cartes prépayées électroniques, etc.).Les auteurs du rapport pressaient donc banques et pouvoirs publics de convaincre les Français de lâcher progressivement leur chéquier mais aussi d'investir massivement dans les nouvelles technologies de paiement pour prendre le bon wagon d'un train déjà en marche…