Comment la flambée des matières premières touche votre porte-monnaie

ECONOMIE Les cours sont au plus haut. Les prix des carburants, mais aussi du café, du sucre, de la viande grimpent en flèche...

Mathieu Bruckmüller
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Graines de soja vert, également appelé haricot mungo.
Graines de soja vert, également appelé haricot mungo. — DURAND FLORENCE/SIPA

«Il n'y a pas de pilote dans l'avion… Jamais le monde n’a été aussi instable». Le constat dressé mercredi par Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris Dauphine et coordinateur d’une enquête annuelle sur les matières premières (CyclOpe 2012 «En la forêt de grande instabilité», Economica) est sans appel. Le cours de ces dernières devient incontrôlé. Jusqu’ici les efforts de la communauté internationale pour les réguler, notamment dans le cadre de la Présidence française du G20, sont restés vains. 

Demande soutenue de la Chine

Le pétrole, le blé, le soja, le maïs sans oublier les métaux, en 2011 ont vu leurs prix exploser. Un retour vers des sommets déjà atteints dans les années 70 qui ne doit rien au hasard. En effet, la demande des pays émergents dont la Chine est toujours aussi soutenue. En face, l’offre peine à suivre en raison d’un manque d’investissements ces vingt dernières années. «Le temps de la production est un temps long», explique Philippe Chalmin. Pour preuve, le projet, lancé en 1996, d’Oyu Tolgoi, la plus grosse réserve de cuivre au monde située en Mongolie, devrait seulement entrer en exploitation en 2014!

Résultat de ce couple offre-demande particulièrement tendu, les marchés sont sensibles au moindre accident climatique notamment pour les matières premières agricoles et ou géopolitiques comme pour les prix de l’or noir, à l’instar des tensions actuelles autour de l’Iran. Ainsi, l’an dernier, les prix à la pompe ont atteint des records avec un prix moyen d'un litre de gazole s'est élevé à 1,33 euro, contre 1,15 euro l’année précédente. 

Valse des étiquettes

Mais ce n’est pas tout. La flambée des cours des matières premières a fait valser les étiquettes l’an dernier. Selon les données compilées par le cabinet Symphony IRI, le café torréfié a vu son prix moyen augmenté de 18,5% entre septembre 2010 et septembre 2011, le coton et les cotons tiges de 15,2%, la farine de 11,3%, les graines salées de 8,3%, les jus de fruit de 7,3%, les chips de 6,7%. Et le mouvement se poursuit. Le mois dernier, sur un an, le café torréfié avait pris 12,9%, le sucre 7,8% et les fruits au sirop 7,6%. La viande n’a pas été épargnée avec une progression de 60% depuis cinq ans à travers le monde avec le boom  du cours des céréales.

Des hausses qui pourraient bien se poursuivre alors que la croissance mondiale devrait atteindre les 3,5% en 2012. En fait beaucoup dépendra de l’activité chinoise. Verra-t-elle son PIB grimper de 7% ou de 9% cette année comme le prédisent certains analystes? Le résultat final fera une grande différence.