Économie

Colette Neuville : «C'est aux actionnaires de décider, pas aux dirigeants»

Interview de la présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires

Interview de Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires.

Votre association a déposé hier un recours en justice contre Arcelor. Pourquoi ?

Nous demandons le report de l'assemblée générale du 30 juin sur la fusion avec Severstal. Nous voulons que plus de la moitié du capital soit représentée, conformément aux statuts de la société et au droit luxembourgeois. De plus, nous demandons que les actionnaires reçoivent les informations nécessaires pour décider en connaissance de cause.

Pourquoi êtes-vous opposés à la fusion avec Severstal ?

La direction tente d'imposer Severstal, mais c'est aux actionnaires de décider ! Ils sont les propriétaires, pas les dirigeants. L'augmentation de capital réservée à l'homme d'affaires russe Mordachov, combinée au rachat d'actions, lui donnera le contrôle de la société sans lui en faire payer le prix. Nous souhaitons qu'il fasse une OPA, comme Mittal, pour pouvoir choisir.

Etes-vous satisfaite du report de l'assemblée sur le rachat d'actions prévue aujourd'hui ?

Bien sûr. Mais personne n'est dupe ! Arcelor a été contraint de la reporter même s'il prétend l'avoir fait en raison des négociations avec Mittal. En faisant le décompte des votes reçus par correspondance, la direction a dû constater qu'elle allait dans le mur.

Que reprochez-vous au russe Severstal ?

Le manque d'informations. Arcelor se jette dans ses bras pour échapper à Mittal, alors que l'offre de Mittal est beaucoup plus transparente. Mittal a produit un prospectus d'information visé par cinq régulateurs. Son groupe, coté à New York, est régulièrement suivi par les analystes financiers. Rien de tel pour Severstal. La moitié des actifs apportés ne sont pas cotés, comme les mines de charbon et de fer. On ne sait donc pas ce qu'ils valent.

Qui préférez-vous, entre Mittal et Severstal ?

Celui qui valorisera le mieux nos titres. Ce n'est pas une question d'homme ou de projet, comme le dit Arcelor. C'est une question d'information et de prix. Chacun semble avoir sa logique industrielle. Pour comparer deux projets concurrents, il faut deux offres concurrentes.

On peut aussi imaginer que ni l'un ni l'autre ne gagne.

Non. Arcelor seul, c'est fini. Désormais il y aura soit Arcelor-Mittal, soit Arcelor-Severstal, soit Arcelor-Mittal-Severstal si aucun des deux prétendants ne l'emporte immédiatement sur l'autre.

Mordachov prétend qu'il n'a pas les moyens de faire une offre.

S'il ne peut pas payer le contrôle il faut qu'il reste en dessous de 33 % du capital. Mais je ne pense pas que le financement pose un vrai problème. Il pourrait trouver des capitaux auprès d'autres oligarques russes ou de fonds d'investissement.

Quelles sont les prochaines étapes pour vous ?

Déjà, le juge luxembourgeois décidera demain matin si l'assemblée générale du 30 juin doit être reportée ou non. D'autre part, nous allons déposer cette semaine un recours devant le tribunal administratif qui a exonéré Mordachov de faire une OPA. Le Luxembourg vient d'adopter une directive européenne qui la rend obligatoire pour tout acquéreur de plus du tiers du capital.

Recueilli par Angeline Benoit