La Grèce doit-elle sortir de la zone euro?

Mathieu Bruckmüller

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La Grèce, entre impératifs financiers, pression de l'UE et protestations de sa population 
La Grèce, entre impératifs financiers, pression de l'UE et protestations de sa population  — Petros Giannakouris/AP/SIPA

Le feuilleton grec refait une nouvelle fois surface. La question de son maintien ou non dans la zone euro est à nouveau sur toutes les lèvres après la paralysie politique issue des élections législatives de dimanche dernier.

Alexis Tsipras, le chef de file de Syriza (gauche radicale), qui exclue de se plier au plan de sauvetage européen, doit constituer un gouvernement de coalition dans les 48 heures. Mais ses chances de succès sont minces. En cas d’échec, de nouvelles élections sont prévues pour le 17 juin.

La Grèce au bord du gouffre

Dans les deux cas, la Grèce est au bord du gouffre. En effet, la situation politique compromet sérieusement le versement par l’Union européenne et le FMI de 11,3 milliards d’euros d’ici au mois prochain moyennant un nouveau tour de vis budgétaire de 12 milliards d’euros. Sans cette aide, le pays n’aura plus suffisamment de liquidités pour payer ses dettes et ses fonctionnaires à la fin juin.

Mais Alexis Tsipras est prêt à aller au clash. Selon lui, «la Grèce n’est plus liée par ses engagements à l’Union européenne et le Fonds monétaire international». De quoi hérisser Bruxelles qui, à l’occasion de son deuxième plan d’aide, a promis à Athènes 130 milliards d’euros.

«La question grecque est d’une simplicité extrême. Soit la Grèce accepte de perdre ce qui lui reste de souveraineté budgétaire et applique l’agenda de réformes fixé par ses créanciers. Soit elle reprend sa souveraineté monétaire et coupe les ponts ipso facto avec l’Europe. On ne peut vouloir en même temps rester dans la zone euro et refuser d’en appliquer les règles élémentaires de fonctionnement. En ne tranchant pas entre ces deux options, les élections récentes ont finalement accru le risque de voir la Grèce choisir la sortie», estime Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo securities.

La sortie de la Grèce de la zone euro n’est plus taboue

Le président de l'agence de notation Fitch a aussi évoqué ouvertement une sortie de la Grèce de la zone euro dans une interview au Spiegel Online. Pour Citigroup, cette probabilité s'élève maintenant à entre 50 et 75%. Un scénario qui pourtant n’est pas désiré par les Grecs. D’après tous les sondages, une grande majorité se dit opposée au retour de la drachme.

«L’issue semble donc dépendre des prochaines élections, qui pourraient se transformer en référendum pour ou contre l’euro», juge Bruno Cavalier.

Si finalement, les Grecs faisaient le choix d’abandonner la monnaie unique, les conséquences risquent d’être désastreuses. La Grèce serait obligée de dévaluer sa monnaie. Une situation qui alourdirait d’autant les dettes libellées en euro par les particuliers et les entreprises. Etranglées, celles-ci risquent de baisser les salaires voire de licencier pour survivre. Les banques seraient également confrontées à la panique des épargnants qui voudront retirer leurs avoirs en euros plutôt que de récupérer des drachmes dévaluées.

Des conséquences non négligeables

Et «la sortie de la Grèce de la zone Euro risque de remettre en cause l’idée même de l’Europe aux yeux des marchés. Très clairement, les investisseurs ne seront pas incités à prêter au Portugal, à l’Irlande ou même à l’Espagne s’il y a un risque qu’il abandonne un jour l’euro…», avertissent les économistes d’Aurel BGC.

«Une sortie de la Grèce implique un non-remboursement, au moins partiel, des créances vis-à-vis des pays d’Europe, voire du FMI. Ce serait donc un choc politique majeur, remettant en cause l’un des piliers de l’Union économique et monétaire, à savoir l’abandon irrévocable de sa monnaie», abonde Bruno Cavalier.

Mais l’économiste ne pense pas, si la Grèce faisait le choix de quitter la monnaie unique, que d’autres pays soient tentés de faire de même. «La situation économique, sociale et politique de la Grèce immédiatement après une sortie constituerait, on peut l’imaginer, un exemple que personne ne voudra imiter. Une sortie de la Grèce pourrait donc être paradoxalement un facteur de cohésion pour les autres membres», conclut-il.