Vers un mercato à la tête des grands groupes publics?

PRESIDENTIELLE L'élection de François Hollande pourrait redistribuer les cartes...

Claire Planchard

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Anne Lauvergeon, alors présidente d’Areva  et Henri Proglio, le PDG d’EDF,  à Flamanville, en novembre 2009.
Anne Lauvergeon, alors présidente d’Areva  et Henri Proglio, le PDG d’EDF,  à Flamanville, en novembre 2009. — CHAMUSSY/SIPA

Il n’y aura pas de de chasse aux sorcières dans les entreprises publiques. Pendant sa campagne, François Hollande l’a dit et répété : il n’envisage pas de mettre fin aux mandats en cours même si les nominations ont été faites par son prédécesseur Nicolas Sarkozy.

Toutefois, plusieurs réformes promises par le nouveau président socialiste pendant sa campagne risquent fort de rebattre les cartes à la tête de grands groupes détenus en majorité par l’Etat.

Henri Proglio, seul sur la scellette

Le plan de sortie du «tout nucléaire» défendu par François Hollande pourrait, par exemple, valoir son poste à Henri Proglio, le PDG de EDF. Ses critiques à répétition contre ce projet ne sont pas du goût de François Hollande.

Dans une interview à Reuters,  son conseiller, Michel Sapin, ne cachait pas ses réserves: «Est-ce que celui qui a expliqué que l'application du projet de François Hollande coûterait des centaines de milliards (..) grossissant les chiffres hors de proportion de la réalité, est le mieux placé en terme de crédibilité?» L’ex-patronne d’Areva et ancienne conseillère de François Mitterrand Anne Lauvergeon serait sur les rangs pour lui succéder. Le président de la SNCF Guillaume Pépy serait également pressenti.

Coupes  drastiques sur les salaires

Un autre point faible du patron d’EDF pourrait accélérer sa sortie: son salaire. Parmi les projets de François Hollande figure en effet le plafonnement de la  «rémunération habituelle» des patrons du secteur public (salaire fixe et part variable «récurrent») à 20 fois le Smic, soit 27.967,40 euros par mois et environ 335.608 euros par an.

Or, selon les calculs du magazine Challenges, cela contraindrait Henri Proglio à réduire ses émoluments de 66%! De quoi peut-être le pousser à la démission…

Mais il n’est pas le seul dans ce cas de figure: toujours selon Challenges,  le patron de la Poste, Jean-Claude Bailly, perdrait 45% (275.000 euros) de son revenu et Luc Oursel, le remplaçant d’Anne Lauvergeon à la tête d’Areva, pourrait s’attendre à une chute de salaires de 61% (542.000 euros).

L’audiovisuel public à la veille d’un renouvellement

Autre secteur en passe d’être chamboulé: l’audiovisuel public. François Hollande souhaite en effet mettre fin à la nomination des dirigeants par le président de la République pour restituer cette prérogative au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). 

Les mandats pourrait ainsi être remis en jeu. Si René Pflimlin, patron de France Télévisions, affiche sa confiance, le patron de France 24-RFI, Alain de Pouzilhac, a du souci à se faire: en effet le PS a toujours été opposé à la fusion des deux groupes.

Nouveau jeu de chaises musicales autour de la CDC

Enfin, dernière inconnue : le nouveau président va-t-il promouvoir des proches à la tête de groupes stratégiques? On sait par exemple que la direction de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) est à pourvoir depuis le départ d’Augustin de Romanet en mars dernier.

Plusieurs noms circulent déjà pour lui succéder : Jean-Pierre Jouyet, le président de l’AMF et ami de François Hollande, ou le PDG de la Compagnie des Alpes et ancien président du cabinet de Martine Aubry Dominique Marcel. On pourrait alors assister à un nouveau jeu de chaises musicales.