Hollande rappelé au bon souvenir de la crise avant d'avoir formé un gouvernement

PRESIDENTIELLE Au lendemain d'une victoire fêtée à la Bastille...

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Au lendemain d'une victoire fêtée à la Bastille par des dizaines de milliers de personnes, le nouveau président François Hollande est rappelé aux difficultés économiques, avant même de se lancer dans la formation d'un gouvernement pour préparer les législatives.
Au lendemain d'une victoire fêtée à la Bastille par des dizaines de milliers de personnes, le nouveau président François Hollande est rappelé aux difficultés économiques, avant même de se lancer dans la formation d'un gouvernement pour préparer les législatives. — Eric Feferberg afp.com

Au lendemain d'une victoire fêtée à la Bastille par des dizaines de milliers de personnes, le nouveau président François Hollande est rappelé aux difficultés économiques, avant même de se lancer dans la formation d'un gouvernement pour préparer les législatives.

Lundi matin, la Bourse de Paris a ouvert en forte baisse (-1,57%), accusant le coup comme les autres marchés européens et asiatiques après les résultats électoraux en Europe, où l'incertitude sur la Grèce inquiète cependant davantage que l'alternance en France.

L'agence d'évaluation financière Standard & Poor's, qui a retiré en janvier à la France sa note maximale "AAA", a indiqué de son côté que l'élection de François Hollande n'avait pas "d'impact immédiat" sur la note du pays.

La note de la France, actuellement de "AA+" pour sa dette à long terme, est assortie d'une "perspective négative", ce qui implique qu'il y a "une chance sur trois" pour qu'elle soit de nouveau abaissée cette année ou en 2013, rappelle SP.

Quant au taux d'emprunt à 10 ans de la France, après avoir entamé la journée en légère baisse, il remontait un peu lundi matin sur le marché obligataire.

Constat lucide du député PS Michel Sapin : le président élu n'aura pas "d'état de grâce" comme François Mitterrand en 1981, parce que la situation de la France est "beaucoup plus difficile du point de vue économique".

"Le président" : dès lundi matin, le visage radieux du nouveau chef de l'Etat s'affichait à la une des magazines.

Nette sans être écrasante, la victoire du candidat socialiste est saluée en France comme à l'étranger comme un cap vers le "changement" et la relance de l'économie, même si "le plus dur commence" pour le nouveau chef de l'Etat.

La gauche salue la victoire de l'"espoir", qui selon le quotidien Libération "fait renaître 1981", 31 ans plus tard, et l'élection de François Mitterrand dont les images "semblait condamnées aux livres d'histoire".

La droite constate pour sa part sans rechigner que le candidat socialiste est devenu, comme l'écrit le Figaro, "le président de tous les Français", à l'image de Nicolas Sarkozy, qui a souhaité "bonne chance" à son successeur dès dimanche soir.

A la Bastille en liesse, François Hollande a remercié "le peuple de France", auquel il a promis de "réparer" pendant cinq ans, après "des années de blessure".

Les dirigeants étrangers ont également tourné la page du sarkozysme. La chancelière Angela Merkel a invité le président élu en Allemagne pour travailler à un pacte de croissance. Et le président américain Barack Obama l'a félicité pour son élection, tout en évoquant d'emblée des "dossiers difficiles" à gérer en commun. Allusion évidente à l'Afghanistan et à la crise de la dette européenne.

Félicitations également de la Brésilienne Dilma Rousseff, du Britannique David Cameron, du Vénézuélien Hugo Chavez ou du Premier ministre belge, Elio Di Rupo.

Première étape du quinquennat, la passation de pouvoirs devrait avoir lieu vers le 14 mai. Mais d'ici là rien n'est prévu entre les deux hommes, notamment pour ce qui concerne une éventuelle commémoration en commun des cérémonies du 8 Mai, a dit François Hollande en arrivant à son QG de campagne, en milieu de matinée.

Le chef de l'Etat doit par ailleurs désigner dans les prochains jours son Premier ministre, qui conduira la bataille des législatives.

François Hollande candidat avait annoncé que son choix dépendrait de l'ampleur de sa victoire. Avec 51,67% des voix, celle-ci ne plaide pas pour la nomination d'une personnalité au discours trop radical, susceptible de diviser les Français alors que le discours est au rassemblement. Le député-maire de Nantes Jean-Marc Ayrault, fidèle du chef de l'Etat, tenait la corde ces derniers jours.

M. Ayrault a d'ailleurs souligné lundi l'"urgence" à ce que Paris et Berlin oeuvrent pour relancer la croissance en Europe, estimant que les deux capitales devaient faire un pas "l'une vers l'autre".

Parmi ceux qui devraient figurer dans un premier gouvernement, les noms de Manuel Valls, François Rebsamen, Marisol Touraine, Jean-Yves Le Drian, Laurent Fabius, Najat Vallaud-Belkacem, Aurélie Filippetti circulent avec insistance.

Dimanche soir, François Hollande a demandé à ses partisans de "ne pas se démobiliser". "Il faut donner une majorité au président de la République", a-t-il martelé, dans la perspective des législatives des 10 et 17 juin.

Et la bataille de l'Assemblée nationale est bel et bien lancée.

Les socialistes Manuel Valls et Pierre Moscovici ont souhaité une "majorité nette" pour donner à François Hollande les moyens de gouverner. "Vous vous rendez compte ? Une cohabitation au mois de juin, cela n'aurait aucun sens", s'est exclamé Manuel Valls, directeur de la communication de François Hollande.

La droite veut croire en revanche à une cohabitation. Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole de Nicolas Sarkozy, a souhaité "une majorité la plus large possible pour l'UMP aux législatives", "au moins un groupe fort et puissant", pour "rééquilibrer" les pouvoirs après l'élection de François Hollande.

Europe Ecologie Les Verts, allié des socialistes, réunit un Conseil fédéral ce lundi pour discuter de sa participation au gouvernement.

A droite, le bureau politique de l'UMP se réunira à 15H00 pour préparer les législatives. Secouée par la défaite, l'UMP entre dans une période de turbulences sur la ligne politique, après l'échec du "à droite toute" de Nicolas Sarkozy entre les deux tours, comme sur la direction du parti.