Présidentielle: Les défis économiques qui attendent le nouveau président de la République

ECONOMIE La situation inquiétante de la dette et du marché de l'emploi va accaparer le nouveau locataire de l'Elysée...

Mathieu Bruckmüller

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François Hollande lors du débat télévisé le 2 mai 2012
François Hollande lors du débat télévisé le 2 mai 2012 — SIPA

Pas de répit. Les défis économiques s’imposeront très rapidement au nouveau président. «L’état de grâce sera relativement court», prévient Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants.

La question de la dette, qui frise aujourd’hui les 1.800 milliards d’euros, sera centrale. «Comment vont réagir les marchés financiers alors que pour ses 100 premiers jours de mandat, François Hollande a pris des engagements très coûteux comme l'augmentation de 25% de l'allocation de rentrée scolaire, le blocage des prix du carburant et le départ à la retraite à 60 ans des personnes ayant commencé à travailler à 18 ans et ayant suffisamment cotisé depuis», s’interroge l’économiste Nicolas Bouzou.

Dégradation de la note française

Son homologue Marc Touati, auteur de Quand la zone euro explosera…, s’attend à une forte dégradation de la note de la dette par les agences, après celle de S&P en janvier dernier. Avec le risque de voir les taux d’intérêt actuellement à moins de 3% flamber. Ce qui entraînerait inévitablement une hausse de la charge de la dette qui selon les prévisions, doit déjà atteindre la bagatelle de 48,8 milliards d’euros cette année.

«Les vagues spéculatives peuvent recommencer à tout moment», s’inquiète Thomas Piketty, professeur à l'Ecole d'économie de Paris. Après la Grèce, l’Italie et l’Espagne, la France sera-t-elle la prochaine sur la liste? Pour éviter le pire, la mise sur pied d’euro-obligations voulue par le nouveau président de la République, à savoir la mutualisation des emprunts publics garantis par l’ensemble des Etats de la zone euro, doit être traitée en urgence. «La crise européenne est très loin d’être finie. Le chantier européen est le plus urgent.  On ne peut plus laisser les marchés spéculer sur la dette des 17 pays de l’UE», assène Thomas Piketty. Encore faudra-t-il convaincre notamment les Allemands qui y sont opposés. En échange, la France devra donner des garanties en améliorant l’état de ses finances publiques. Agnès Verdier-Molinié, directeur de la Fondation iFRAP, un think tank dédié à l’analyse des politiques publiques, estime ainsi que 129 milliards d’euros d’économies sont possibles d’ici 2017 sans obérer la qualité des services publics. «L’application du programme de François Hollande se fera dans la douleur», lâche Philippe Crevel. Sous-entendu, l’ancien Premier secrétaire du Parti socialiste a beaucoup promis en termes de dépenses, mais ne pourra pas tout tenir.

Restaurer le couple franco-allemand

«Le challenge sera de restaurer notre crédibilité et celle du couple franco-allemand qui bat de l’aile», estime Marc Touati. Une condition essentielle pour le retour d’une croissance qui nous fait cruellement défaut: 0,5% en moyenne sur les cinq dernières années. Atone, elle, n’a pas permis d’enrayer la hausse du taux de chômage qui vient de franchir la barre des 10%, selon Eurostat. Et ce chiffre pourrait bien grossir rapidement.

Péril sur l’emploi

Dans les prochaines semaines, une cohorte de plans sociaux, gelés durant la campagne électorale, devrait être annoncée. Des entreprises symboliques comme Renault et PSA sont concernées. Les sites de Douai (Nord) pour la première et d’Aulnay-sous-Bois et ses 3.000 salariés (Seine-Saint-Denis), pour la seconde sont sur la sellette. La Fnac est également dans une période délicate avec 310 suppressions d’emploi. Sans compter les 5.000 salariés de Néo Sécurité dont l’avenir est menacé.

Gérer des attentes sociales fortes, tenir les rênes des finances publiques, restaurer la compétitivité des entreprises et le tout sans attendre: la tâche est ardue.