Débat Hollande-Sarkozy: Qui a gagné la bataille des chiffres?

PRÉSIDENTIELLE icolas Sarkozy et François Hollande se sont mené une guerre des chiffres pendant plus d'une heure et demie mercredi soir. Retour sur les principales sources de discorde...

Mathieu Bruckmüller et Bertrand de Volontat

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François Hollande et Nicolas Sarkozy, lors du débat de l'entre-deux tours, le 2 mai 2012.
François Hollande et Nicolas Sarkozy, lors du débat de l'entre-deux tours, le 2 mai 2012. — PATRICK KOVARIK / POOL / AFP

Lors d'un débat politique, les seuls élément objectifs dans les échanges sont a priori les statistiques. Les chiffres ne mentent pas, dit ainsi l'adage. Pourtant, mercredi soir, Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont accrochés à de nombreuses reprises au sujet des indicateurs économiques, donnant chacun à leur tour des chiffres différents. Qui a dit vrai? 20 Minutes a mené l'enquête.

Le chômage

Le chômage, toujours et encore. Le problème pour les deux candidats: les sources. Entre les chiffres de la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques) et ceux de l’Insee, l’écart est grand.

François Hollande cite, lui, les chiffres de la Dares et de Pôle Emploi, et évoque une augmentation du nombre de demandeurs d’emplois (toutes catégories confondues, dont celles à temps partiel) d’un million entre 2007 et aujourd’hui. De mai 2007 à janvier 2012, le nombre de chômeurs, en catégorie A, a augmenté de 724.000 personnes, passant de 2,137 à 2,861 millions. Une hausse d’un peu plus d'un million si on compte le total de demandeurs d'emploi inscrits dans les catégories A, B et C, passant de 3,2 à 4,3 millions.

Sarkozy s’appuie sur l’Insee, qui reprend la définition du Bureau international du travail (BIT). Les chiffres passent de 2,256 millions de chômeurs au deuxième trimestre 2007 à 2,678 millions fin 2011. Soit 422.000 de plus. 

Les deux candidats sont donc tous les deux dans leur droit et aucun ne se trompe. Ils choisissent simplement les indicateurs qui servent le mieux leur discours.

La dette

Selon François Hollande, la dette de la France a augmenté de 600 milliards d’euros depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy. C’est faux. A la fin 2006, la dette était de 1.152,2 milliards d’euros selon l’Insee et de 1.211,6 milliard à la fin 2007. Nicolas Sarkozy a pris ses fonctions en milieu d’année, en mai. Au dernier trimestre de 2011, la dette était de 1.717,3 milliards.

Dans le premier cas, la dette a augmenté de 561,1 milliards d’euros, dans le second de 505,7 milliards d’euros. Nous sommes donc loin des 600 milliards d’euros présentés par François Hollande. A minima, le candidat socialiste gonfle de 40 milliards d’euros la dette qu’il impute à son adversaire.

François Hollande a aussi affirmé que la dette avait augmenté de 900 milliards d’euros depuis que la droite est au pouvoir, soit depuis mai 2002. Elle s'élevait à 853,3 milliards d’euros fin 2001 et à 912 milliards d’euros fin 2002. Là encore, François Hollande surestime le montant de la dette imputable à la droite.

En prenant comme point de départ la fin 2001, date à laquelle Lionel Jospin était encore aux affaires, en dix ans, la dette a augmenté de 860 milliards d’euros. Et le montant n’est que de 801,3 milliards si l’on prend comme point de départ la fin 2001. Dans le premier cas, le candidat socialiste surestime le montant de 40 milliards, dans le deuxième cas de presque 100 milliards d’euros.

Le commerce extérieur

François Hollande a raillé les mauvais résultats du commerce extérieur. En 2011, le déficit de la balance commerciale a atteint 70 milliards d’euros, du jamais vu. Le candidat socialiste a en revanche soutenu que sous le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), «les comptes extérieurs de la France étaient équilibrés».

L’ancien Premier secrétaire du Parti socialiste a la mémoire sélective. La balance commerciale était bien excédentaire entre 1997 et 1999; en revanche, elle était déficitaire de 10,5 milliards d’euros et de 4,63 milliards d’euros en 2000 et 2001 avant de revenir légèrement excédentaire en 2002 (0,61 milliard d’euro), selon les chiffres de l’Insee.

Le taux de prélèvement obligatoire

François Hollande a mis le président-candidat face à son bilan. En 2007, ce dernier prévoyait faire baisser de quatre points le niveau des prélèvements obligatoires, soit la part des recettes fiscales (impôts et cotisations) dans le PIB, à l’issue de son quinquennat. Il n’en a rien été. Il était de 43,2% lors de sa prise de fonction et il s’élève à 44,5% en 2012.

Quand François Hollande indique que le taux de prélèvements obligatoires a progressé de 1,5 point au cours des cinq dernières années, il est donc proche de la réalité.

 De son côté, Nicolas Sarkozy a souligné que la France avait les impôts les plus élevés d’Europe avec la Suède. C’est faux. Selon l’OCDE,  le Danemark est le champion en la matière devant la Suède, l’Italie, la Belgique, la Norvège, l’Autriche, la Finlande et enfin la France. Le taux moyen de prélèvement obligatoire est de 34,1% dans les pays de l’OCDE et de 38,9% dans l’Union européenne.

Croissance

Selon Nicolas Sarkozy, depuis 2009, la France aurait eu la croissance la plus élevée parmi les pays de l’OCDE. Le président-candidat se prend là les pieds dans le tapis. La croissance française après un repli de 2,6% en 2009 est repartie à la hausse en 2010 (1,4%) et en 2011 (1,6%), selon l’OCDE. Une bonne performance, mais plusieurs de nos homologues ont fait mieux que nous. Les Etats-Unis ont enregistré dans l’intervalle une croissance de 3% et de 1,7% sur les deux années. Idem pour l’Allemagne avec +3,6% et +3%. La palme revient à la Turquie avec +9% et +7,4%.