Economie: Pourquoi la France a de quoi se réjouir

ECONOMIE Démographie, vitalité des grands groupes, attractivité... Les atouts de la France ne manquent pas...

Mathieu Bruckmüller

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Illustration bébé et biberon.
Illustration bébé et biberon. — ALEXANDRE GELEBART / 20 MINUTES

Halte aux Cassandres qui font leur miel du déclin de la France. Ces derniers mois sur fond de crise de la zone euro et d’élection présidentielle, les faiblesses structurelles de l’Hexagone, cinquième puissance économique mondiale, ont été abondamment détaillées et commentées.

La réussite des grandes entreprises

Des lourdeurs administratives à la fragilité des PME en passant par le coût du travail élevé ou encore le poids des dépenses publiques dans le PIB, la liste des points faibles de notre économie est longue comme le bras. Mais si les corriger «ne peut qu’aider à renforcer la compétitivité du pays et rehausser son potentiel de croissance, la France peut aussi chercher à s’appuyer sur ses points forts et à valoriser ces nombreux atouts», relative, dans une récente étude, Werner Perdrizet, économiste au Crédit agricole. Et ils sont nombreux. A commencer par l’insolente santé des grandes entreprises. Résistantes, elles ont passé, sans trop d’encombres, la crise de 2008 et continuent à rivaliser avec leurs concurrents internationaux. 

«Cette excellence française se manifeste dans les secteurs de l’énergie (Total, GDF-Suez, EDF-Areva), de l’aéronautique et de l’armement (EADS, Safran, Thales, Dassault), de l’agroalimentaire (Danone, Pernod Ricard, Lactalis), du luxe (LVMH, PPR), de la construction (Saint-Gobain, Vinci, Bouygues, Eiffage) ou encore de la pharmacie (Sanofi-Aventis)», détaille Werner Perdrizet. Ainsi, 35 groupes français, contre 34 pour l’Allemagne souvent citée comme l’exemple à suivre, faisaient partie du palmarès Fortune 500 l’an dernier.

Des géants qui emploient 3,4 millions de salariés et qui exportent massivement, permettant à la France de limiter l’ampleur de son déficit commercial (70 milliards d’euros en 2011, du jamais vu). L’aéronautique, par exemple, a su tirer son épingle du jeu avec un surplus de 17,7 milliards d’euros grâce à la vente de 534 Airbus.

Des investissements étrangers élevés

Et contrairement aux idées reçues, les investisseurs étrangers ne rechignent pas à miser sur la France. Entre 2000 et 2010, ils y ont dépensé 46,3 milliards d’euros par an en moyenne. «La taille de son marché et sa position géographique avantageuse en Europe offrent d’important débouchés pour les entreprises qui s’y implantent», relève Werner Pedrizet. En effet, les consommateurs disposent d’un pouvoir d’achat élevé et l’Union européenne est devenue le plus grand marché du monde. A cela s’ajoute une main-d’œuvre qualifiée à forte productivité.

«En termes de capital humain, la France se distingue par la qualité de sa main-d’œuvre et de son savoir-faire; par la qualité de ses ingénieurs et techniciens; par la qualité de ses chercheurs notamment dans les sciences (mathématiques, physique, chimie, médecine, biologie)», abondent les économistes Philippe Aghion et Élie Cohen dans un rapport rendu en 2007 au conseil d’analyse économique (CAE).

Un réseau ferroviaire de 30.000 km, 11.000 km d’autoroutes, 78 aéroports importants, un réseau maritime parmi les plus développés d’Europe permettent à la France d’avoir un réseau d’infrastructures de transport dense qui renforce également son attractivité.

Un soutien de poids à la recherche et au développement

Werner Pedrizet salue également le renforcement du soutien public à la R&D avec le lancement des pôles de compétitivité (2005), la réforme du crédit impôt recherche (2008) ou le Grand emprunt (2009). Un enjeu crucial pour les entreprises. «La recherche et l’innovation sont, on le sait, des enjeux majeurs, puisque la faiblesse de la compétitivité des produits français tient pour partie à des facteurs hors prix (qualité et contenu en innovation). Le positionnement milieu de gamme des produits français associés à des marges en déclin (sur fond de compétition féroce) serait notamment responsable de la part limitée des investissements des entreprises en R&D», décrypte l’économiste.

Dernier atout et non des moindres: la vitalité démographique. Après l’Irlande, la France a le taux de fécondité le plus élevé de l’Union européenne (2,03 enfants par femme contre 1,6 pour l’UE).

En plus de l’avantage qu’il représente pour le financement des retraites, il va contribuer à soutenir l’activité économique. «Le marché français du fait de la croissance prévisible de sa population (73 millions d’habitants en 2050 contre 65 actuellement) conserve un potentiel, là ou ailleurs en Europe, il sera davantage question de déclin», conclut Werner Perdrizet.