L'industrie cherche recrues désespérément

REPORTAGE Le secteur rame pour embaucher. Un fonds présidé par Anne Lauvergeon tente d'établir des passerelles entre les entreprises et des personnes éloignées du marché du travail...

Mathieu Bruckmüller

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Anne Lauvergeon rencontre les étudiants du DU DEFIT Brest le 25 avril 2012
Anne Lauvergeon rencontre les étudiants du DU DEFIT Brest le 25 avril 2012 — DR

«Absurde... Un immense gâchis». Anne Lauvergeon, l’ancienne patronne d’Areva, ne mâche pas ses mots pour décrire le paradoxe qui frappe l’industrie. D’un côté, un secteur qui peine, le mot est faible, à recruter, et de l’autre un taux de chômage qui tutoie des sommets.

Déjà plus de 11.000 personnes aidées

Une situation à laquelle s’attaque le fonds Agir pour l’insertion dans l’industrie (A2I), présidé par Anne Lauvergeon, et lancé en 2009 par l’Union des Industries et métiers de la métallurgie (UIMM). Avec une cagnotte de 70 millions d’euros, il a investi, à ce jour, 8,4 millions d’euros pour soutenir 84 projets qui ont pour but d’établir des passerelles entre des structures d’insertion, des organismes de formation aux métiers de l’industrie et des entreprises industrielles. A date, ces actions ont bénéficié à plus de 11.000 personnes en délicatesse avec le marché du travail. En moins de trois ans, A2I est devenu le premier opérateur privé d’insertion en France.

L’heure pour lui, après un démarrage confidentiel, de montrer au grand jour ses premiers résultats. Depuis début avril, le fonds a donc entamé un Tour de France de l’insertion dans l’industrie. Après Paris, la deuxième étape s’est rendue mercredi à Brest. L’occasion de présenter un nouveau dispositif, le DU DEFIT (Diplôme d'université d'études et de formation industrielle et technologique) destiné aux étudiants décrocheurs. Une passerelle qui permet, cette année, à 13 bénéficiaires, via un contrat en alternance, de se mettre à niveau en six mois ou un an, afin d’être embauché directement dans une entreprise, ou de se diriger ensuite vers  un DUT ou un BTS pour accéder à des métiers techniques industriels.

Des étudiants motivés

A les écouter, ils sont enthousiastes. Après quatre ans de galères émaillées de petits boulots, faisant suite à une mauvaise orientation après un BAC S, Eric, 23 ans, a saisi sa chance. Tout comme David, 25 ans, qui avait fait trois années en fac de sport. «On sent chez eux une motivation qu’on ne retrouve pas chez les étudiants en formation initiale», reconnaît Franck Le Bolc’h, professeur de mathématiques. Un «sas» qui leur permet de «se redynamiser, de réapprendre à se faire confiance», acquiesce Yvan Leray, directeur de l'IUT de Brest.

L’opportunité aussi pour ces étudiants de découvrir un univers dans lequel il ne pensait pas forcément mettre les pieds. Beaucoup avaient une vision déformée de l’industrie. L’image de Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes serrant des boulons toute la journée à toujours la vie dure. «Il faut travailler sur l’image de marque de l’industrie», reconnaît Julien Humily, responsable RH de Remorques Rolland, situé à Tréflévenez (Finistère), qui a pris en alternance deux étudiants du DU DEFIT. A l’instar de nombreuses entreprises, il «rame» pour recruter certains profils comme les soudeurs. «On a du travail à offrir», clame-t-il.

«La désindustrialisation n’est pas une fatalité»

Dans l’industrie, la liste des métiers «en tension» est longue comme le bras: chaudronnier, riveteur, opérateur de ligne, responsable de montage, d’usinage ou encore de maintenance industrielle… La métallurgie, par exemple, recrute chaque année entre 60.000 et 80. 000 personnes. La preuve que «la désindustrialisation de la France n’est pas une fatalité», scande Anne Lauvergeon.

L’expérience menée à Brest se taille déjà un certain succès. Vingt-cinq nouveaux alternants devraient être formés à la fin 2013. Et des projets similaires sont également expérimentés à Lorient (Morbihan) et à Valence (Drôme). La prochaine étape de ce Tour de France passera à Lille (Nord-Pas-de-Calais) le 16 mai, à Cluses (Haute-Savoie) le 31 mai où il sera question de la place des femmes dans l’Industrie, à Bagnols-sur-Cèze (Gard) le 13 juin sur le thème du retour à l’emploi des chômeurs de longue durée, pour se terminer à Cholet (Maine-et-Loire), le 4 juillet, sur l’insertion des salariés handicapés mentaux.