Dans l'enfer de la récession, les Grecs misent sur Hollande

CRISE DE LA DETTE La Grèce devrait mettre plus de temps que prévu à sortir de la récession...

© 2012 AFP
— 
La Grèce, qui devrait mettre plus de temps que prévu à sortir de la récession selon la Banque de Grèce, parie désormais sur une élection de François Hollande à la présidentielle française pour amorcer un virage politique en Europe en sortant du tout austérité.
La Grèce, qui devrait mettre plus de temps que prévu à sortir de la récession selon la Banque de Grèce, parie désormais sur une élection de François Hollande à la présidentielle française pour amorcer un virage politique en Europe en sortant du tout austérité. — Aris Messinis afp.com

La Grèce, qui devrait mettre plus de temps que prévu à sortir de la récession selon la Banque de Grèce, parie désormais sur une élection de François Hollande à la présidentielle française pour amorcer un virage politique en Europe en sortant du tout austérité.

Depuis lundi, la presse grecque toutes tendances confondues se fait l'écho de «l'espoir» soulevé dans le pays par l'arrivée du candidat socialiste François Hollande en tête du premier tour du scrutin présidentiel en France, face au président sortant Nicolas Sarkozy.

«La victoire de Hollande au premier tour envoie un message fort de changement pour les rapports de force en Europe», estimait le quotidien Ethnos (centre gauche) mardi. La semaine dernière, le premier quotidien du pays, Ta Nea (centre gauche) n'avait pas hésité à comparer François Hollande à un «Roosevelt européen» pour l'accent mis sur la croissance et l'investissement au détriment de l'austérité généralisée.

Mardi, le quotidien jugeait que «l'élection de Hollande» constitue un «espoir» pour les Grecs, dont le pouvoir d'achat est laminé par les coupes générales des salaires dans le secteur public, et maintenant dans les entreprises.

Plus surprenant, à droite, le quotidien Elefteros Typos, organe quasi-officiel du parti conservateur Nouvelle Démocratie (ND), saluait le résultat obtenu par le candidat socialiste français. Il y voyait un «camouflet pour la politique Merkozy» d'austérité, le surnom donné au couple Merkel-Sarkozy appartenant pourtant à la même famille politique qu'Antonis Samaras, le leader de la ND.

«Si Hollande met en oeuvre ses propositions sur la révision du pacte de stabilité, les euro-obligations ou les prêts directs par la BCE, la Grèce va beaucoup en profiter» poursuivait le journal, en se montrant néanmoins sceptique sur les chances d'y parvenir. Ces espoirs d'infléchissement de la politique d'austérité dictée par l'Allemagne interviennent dans un contexte économique dramatique pour la Grèce qui n'en finit pas de voir le bout du tunnel reculer.

Mardi, dans son rapport annuel, le gouverneur de la Banque de Grèce George Provopoulos a prévenu que le PIB du pays chuterait de «près de 5%» cette année, soit plus que prévu en mars, lorsque la banque centrale tablait sur une récession de 4,5%.

Alors que les autres pays européens sont entraînés sur la même pente, les chiffres grecs ne seraient pas si dramatiques s'ils ne consacraient la cinquième année consécutive de recul du PIB (-6,9% en 2011).

Le chômage devrait ainsi exploser à "plus de 19%" en 2012 contre 17,7% en 2011, selon la Banque de Grèce, qui continue toutefois de prôner la rigueur en prévenant que l'intensité de la récession ne faiblirait que si toutes les mesures structurelles prévues dans le mémorandum d'accord signé par le pays avec ses bailleurs de fonds étaient mises en place. Or cette analyse est remise en cause jusque dans les rangs du patronat grec.

«La baisse des salaires généralisée demandée par la troika des créanciers du pays dans le cadre d'une sorte de dévaluation intérieure ne fait qu'alimenter la récession, malheureusement», constate Angelos Tsakanikas, chef économiste de l'institut de recherche patronal IOBE.

Athènes a en effet accepté de baisser de 22% le salaire minimum - et de 32% pour les jeunes - entraînant tous les salaires du pays vers le bas, dans l'espoir de relancer la compétitivité de l'économie. Pour l'instant, le résultat immédiat est une chute brutale du niveau de vie, de la consommation, et la poursuite de la récession.

Sans vouloir se prononcer sur l'élection française, Tsakanikas note que le climat politique est en «train de changer en Europe», et qu'une «discussion», y compris en Allemagne, est «en train de commencer» sur le rapport entre croissance et austérité. «Nous devrions tenter des solutions alternatives, y compris en Espagne, en Italie ou au Portugal».