Ebizcuss ne veut pas être pris pour une pomme

DISTRIBUTION Le principal réseau de revendeurs agréé par Apple attaque la marque en justice et va demander son placement en redressement judiciaire. Apple commence à répondre...

Céline Boff

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Un Apple Store à Lyon
Un Apple Store à Lyon — FAYOLLE PASCAL/SIPA

Le bras de fer juridique commence. Ebizcuss, premier revendeur de produits Apple en France à travers ses boutiques ICLG, a déposé plainte vendredi contre la marque à la pomme pour abus de position dominante, abus de dépendance économique et concurrence déloyale.

A la tête de 15 «Apple Premium Resellers» (APR), les points de vente indépendants agréés par Apple, le petit Français accuse le géant mondial de délaisser ces APR pour privilégier son propre réseau de magasins, les Apple Store.

«Depuis 2009 (date de lancement des magasins Apple Store en France), Apple fournit en nouveaux produits ses magasins et dans une moindre mesure la grande distribution, mais pas nous. En 2011 par exemple, nous n’avions aucun iPad ou Mac Book Air à vendre dans nos points de vente», avance François Prudent, PDG d’Ebizcuss, qui a vu le chiffre d’affaires de son réseau chuter de 30% au troisième trimestre 2011.

Des différences de prix

Pour François Prudent, la pilule est d’autant plus difficile à avaler que «les contrats que nous avons signés avec Apple en 2007 nous rendent totalement dépendants de ce distributeur, puisque nous ne pouvons pas nous diversifier sur d’autres marques». Outre l’approvisionnement, Ebizcuss se plaint également des prix pratiqués, comme le détaille Me Thouvenin, l’un des avocats en charge de l’affaire: «Au mois de novembre 2010, Apple présentait dans son magasin Opéra à Paris un iPhone 4 à 629 euros. Au même moment, il proposait ce produit à 737 euros au distributeur…» Ebizcuss a chiffré son préjudice à plus de 60 millions d’euros.

En plus de sa plainte au tribunal de commerce, le groupe a également saisi l’Autorité de la concurrence. Si ce régulateur estime qu’Apple n’a pas respecté les règles, il pourrait le sanctionner jusqu’à hauteur de 10% de son chiffre d’affaires… mondial. En cas de condamnation, cette somme n’arriverait toutefois pas dans les poches d’Ebizcuss, mais dans celles du Trésor public.

Ebizcuss restera-t-il isolé ?

Reste à savoir si le revendeur sera encore en vie au moment des décisions judiciaires. Le groupe, qui emploie 190 salariés et réalise à travers 9 points de vente en France et 6 en Belgique un chiffre d’affaires de 90 millions d’euros, procédera d’ici à la fin de la semaine à une déclaration de cessation de paiements et va demander son placement en redressement judiciaire. Il espère trouver un repreneur.

De son côté, Apple ne veut pas commenter l’affaire, se contentant de déclarer que ses «milliers de partenaires revendeurs dans le monde ont joué un rôle clé dans la rencontre entre [ses] clients et [ses] produits phares, tels que l’iPhone et l’iPad». Notons que le réseau des APR, dont Ebizcuss ne détient qu’une petite partie, est passé de 51 à 64 points de vente en France entre fin 2008 et fin 2011. Un 65e APR a même été inauguré en février à Arras (Pas-de-Calais).

Alors, Apple cherche-t-il oui ou non à asphyxier les APR en France? Aucun autre revendeur n’a pour l’heure pris la décision de poursuivre Apple. Toutefois, lors d’une manifestation organisée le 12 février dernier devant l’Apple Store Opéra, les salariés d’Ebizcuss avaient été rejoints par des employés d’autres revendeurs agréés, qui dénonçaient eux aussi certaines pratiques de la firme à la pomme.