CGT: La succession de Bernard Thibaut tourne au vinaigre

M.B. avec AFP

— 

Bernard Thibault à Tours, le 17 novembre 2011.
Bernard Thibault à Tours, le 17 novembre 2011. — SOUVANT GUILLAUME/SIPA

Il y a de l'orage dans l'air. La succession de Bernard Thibault à la tête de la CGT est tout sauf un long fleuve tranquille.

Secrétaire général depuis 1999 du premier syndicat français, Bernard Thibault, 53 ans, a annoncé fin janvier qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat au 50ème congrès, en mars 2013. Il a lancé, dans une démarche inédite, une «consultation» auprès des quelque 50 patrons des fédérations et unions pour aboutir à «une proposition susceptible de recevoir le consensus». A l’occasion de la commission exécutive ce mardi, Bernard Thibault va donc faire une proposition après avoir consulté ces derniers.

«Tout le monde contre elle»

Pourtant, la rencontre risque bien d’être conflictuelle. En effet, Bernard Thibault souhaite pour la première fois qu’une femme prenne la tête de la centrale. Nadine Prigent, 54 ans, membre du bureau confédéral, est sa «favorite». Négociatrice pour la CGT au sein de l'intersyndicale - qui avait notamment organisé les mobilisations contre la réforme des retraites en 2010 – elle est issue du public (Fédération de la santé). Cependant, son côté trop cassant pour certains et son manque de charisme pour d’autres, ne militent pas en sa faveur. «Cette candidate a quasiment tout le monde contre elle», lâche le responsable d’une fédération interrogé par Libération. «On ne comprend pas, dans ces conditions, pourquoi Thibaut s’entête», renchérit un autre.

Les patrons de la majorité des fédérations penchent plutôt en faveur d’Eric Aubin, 49 ans. Le numéro un de la Fédération de la construction ne cache pas sa volonté d'ouvrir le syndicat et revendique une démarche à la fois de «contestation et de négociation» pour «trouver des accords permettant des avancées sociales pour les salariés».

Dans tous les cas, le dernier mot reviendra au Comité confédéral national (CCN, le «parlement» de la CGT) des 30 et 31 mai, où voteront les secrétaires généraux des fédérations et des unions départementales.

Vers un clash?

Bernard Thibault prendra-t-il le risque d'aller au clash avec les patrons des fédérations? «Sa démarche est habile, puisque fin mai le CCN aura à déjuger ou approuver» l'avis de la Commission exécutive, et cela «lui force la main», relève Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du travail. Mais pour cet analyste, «cette agitation interne n'est pas forcément un signe de faiblesse». «L'appareil qui avait désigné Bernard Thibault en 1999 était fortement marqué par le Parti communiste, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Il n'y a plus de pression extérieure, la CGT est rendue à elle-même, c'est elle qui doit choisir», poursuit Bernard Vivier.

«C'est la preuve d'une démocratie interne, un signe positif de maturité syndicale, mais la CGT n'y est pas préparée», car «elle n'a pas encore la culture de débat», selon lui. Les enjeux sont importants, en particulier à l'orée d'un nouveau quinquennat. Rejetant les rumeurs de dissensions, Michel Doneddu, membre de la direction, affirme: «il y a des débats de personnes, entretenus par les media» mais «la CGT n'a jamais été aussi unie. On est unis sur une orientation de fermeté vis-à-vis des politiques de rigueur d'où qu'elles viennent, en France et en Europe».