La Bourse de Paris est-elle de droite ou de gauche?

BOURSE Surprise, a priori, elle progresse davantage quand les socialistes sont aux manettes...

Mathieu Bruckmüller
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La Bourse de Paris était en petite hausse vendredi à la mi-journée, reprenant son souffle après une semaine agitée dans l'attente de précisions sur la situation politique en Grèce et l'avenir apparemment compromis du référendum annoncé, ainsi que les conclusions du sommet du G20.
La Bourse de Paris était en petite hausse vendredi à la mi-journée, reprenant son souffle après une semaine agitée dans l'attente de précisions sur la situation politique en Grèce et l'avenir apparemment compromis du référendum annoncé, ainsi que les conclusions du sommet du G20. — Patrick Kovarik afp.com

Le résultat a de quoi surprendre. En apparence, le CAC 40 enregistre de meilleures performances quand les socialistes sont au pouvoir. De quoi tordre un peu le cou à l’idée avancée par le candidat Sarkozy que l’éventuelle élection de François Hollande aurait de graves conséquences sur les marchés financiers. Dans sa thèse soutenue l’an dernier, le chercheur  Daniel Le Bris a mesuré que l’indice phare a progressé de 5,9% par an sous un gouvernement de gauche contre 2,12% pour la droite. L’écart est encore plus important en termes de rendement réel. La hausse moyenne est de 4,40% pour le premier et de seulement 0,11% pour le second. En effet, l’inflation est toujours plus forte quand la droite est au pouvoir. Idem pour le rendement des dividendes. Il est de 3,9% avec la gauche et de 3,5% sous la droite.

Les marchés bondissent quand la droite semble revenir au pouvoir

Mais ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. La grande différence de performance entre la gauche et la droite s’explique par les trois derniers mois d’un gouvernement. Quand la gauche est aux manettes, les marchés espèrent une victoire de la droite et bondissent de 9,6% en moyenne. En revanche, quand cette dernière tient les rênes, dans les trois mois précédents l’arrivée de l’opposition, la Bourse recule de 7,4%.

«Les actions connaissent une meilleure performance dans les trois derniers mois d’un gouvernement de gauche en anticipant l’alternance et inversement les chiffres mesurés sous la droite souffrent des trois mois précédant l’arrivée de la gauche au pouvoir», résume Daniel Le Bris.

Au final l’écart entre la droite et la gauche est quasi nul. «Au mieux, il apparaît donc que la droite n’autorise pas de meilleures performances boursières», relève le chercheur. Pourtant, à priori, un gouvernement de droite semble plus attentif «aux soucis des entreprises afin d’améliorer l’offre tandis que la gauche privilégie la demande par une redistribution faite souvent au détriment des entreprises.»

Sous «Tonton», la Bourse a grimpé de 450% !

Ceci n’a pourtant pas empêché les actions de connaître un bond de plus de 450% sous les deux septennats de François Mitterrand, soit la période la plus faste de l’histoire boursière. Et ce après une chute de 33% de la Bourse de Paris en mai 1981, sa pire performance mensuelle depuis 1854!

En fait, sur la durée peu importe la couleur politique. Le marché est surtout très volatil à l’approche du changement de majorité, avant de s’adapter une fois qu’il a été entériné. L’incertitude est toujours la bête noire des investisseurs.

2012 ne sera pas le grand soir

Le repli du CAC 40 ces dernières semaines, après avoir pris plus de 14% sur les deux premiers mois de l’année, ne doit a priori pas être mis sur le dos de François Hollande qui sondage après sondage reste le grand favori pour devenir le prochain locataire de l’Elysée. Fini 1981 et la tempête créée par la vague de nationalisations. Au contraire, «le candidat socialiste essaie de rassurer. On n’est pas dans le grand soir», estime Philippe Crevel le secrétaire général du Cercle des Epargnants. Même Wall Street ne craint pas la victoire de l’ancien premier secrétaire du PS. C’est dire.

La baisse des marchés s’explique d’avantage par les incertitudes sur la croissance mondiale et les inquiétudes sur le niveau d’endettement des pays européens. D’ailleurs, François Hollande comme Nicolas Sarkozy se sont engagés à assainir les finances publiques avec un retour à l’équilibre budgétaire en 2017 pour le premier et un an plus tôt pour le second.