Immobilier: «Il n'y aura pas de baisse spectaculaire des prix en 2012»

INTERVIEW Bernard Cadeau, le président du réseau immobilier Orpi, exclut tout retournement du marché malgré l'accalmie observée au premier trimestre...

Propos recueillis par Claire Planchard

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Bernard Cadeau, président du réseau immobilier Orpi.
Bernard Cadeau, président du réseau immobilier Orpi. — DR

Recul des volumes de transactions, décrochage des crédits immobiliers, coup d’arrêt de la flambée des prix: depuis le début de l’année, de nombreux indicateurs confirment un net ralentissement du marché immobilier français. Pourtant, selon Bernard Cadeau, le président du réseau d’agences immobilières Orpi, les candidats à l’achat immobilier ne doivent pas espérer de baisse significative des prix en l’absence de projets massifs de construction de logements.

Les notaires de France anticipent un recul de 10 à 15% des transactions en 2012 : cela correspond-ils à vos observations sur le terrain ?

C’est effectivement ce que nous prévoyions en début d’année. Aujourd’hui, après un trimestre et après avoir visité environ la moitié de nos agences en régions, je pense que la baisse sera plutôt de 10% que de 15% car malgré le ralentissement des volumes de transaction, l’activité existe malgré tout sur le marché immobilier. On n’est pas dans le scénario de la crise de 2008 où tout s’était arrêté.

Comment s’explique ce phénomène ?

Le volume des transactions ralentit pour une raison majeure: le pouvoir d’achat des Français est crispé, contracté. Non seulement les revenus n’augmentent pas assez vite, mais les crédits, qui sont la clé du financement des projets immobiliers sont accordés sur des durées moins longues (20 ans au lieu de 25 ou 30 ans) et en demandant un apport personnel plus important. La baisse actuelle des taux d’intérêt ne suffit pas à compenser ce double effet négatif et les ménages qui ont toujours envie d’acheter sont donc amenés mécaniquement soit à différer leur achat, soit à acheter plus petit au même endroit où à l’éloigner.

Ce ralentissement du marché va-t-il se traduire par un recul des prix?

Il n’y  a pas de retournement de marché et il n’y aura pas de baisse spectaculaire des prix en 2012. La correction a déjà eu lieu dans certaines régions (comme la Haute Normandie, le limousin la Bresse ou la Dordogne, etc.). Ailleurs, même s’il est difficile de faire des prévisions en début d’année, la baisse ne dépassera pas 2 à 4%,  sauf cataclysme financier ou international. Et à Paris, les prix ne baisseront pas du tout vu les fondamentaux du marché. Nous sommes face à phénomène de palier, avec des petits phénomènes de baisse dans certains arrondissements de Paris et de petite hausse dans d’autre mais le marché ne va pas se retourner car dans le contexte de grande incertitude actuelle, la pierre reste une des deux valeurs refuges phares avec l’or, alors que l’offre de logement reste limitée.

Qu’est-ce qui pourrait faire baisser les prix ?

Le manque de logements est le mal récurrent français. On estime le déficit entre 1 million et 1,2 million de logements. On ne cesse de le répéter , mais ce n’est qu’en construisant massivement dans les zones tendues et en rénovant une partie du parc existant qui ne trouve pas preneur que les prix pourront baisser de manière significative. Ce n’est qu’en augmentant ainsi l’offre que le marché deviendra plus fluide, plus apaisé et moins inflationniste.