Consommation: «La forte hausse de février est un rebond en trompe l'œil»

INTERVIEW L'économiste Hélène Baudchon explique pourquoi le rebond de 3% la consommation des ménages en février est de bon augure pour la croissance en début d'année...

Propos recueillis par Claire Planchard

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Hélène Baudchon, économiste au sein du département de recherche économique de BNP Paribas.
Hélène Baudchon, économiste au sein du département de recherche économique de BNP Paribas. — DR

Les dépenses de consommation des ménages en biens ont enregistré une hausse de 3% en février selon l’Insee. Un rebond exceptionnel tiré en grande partie par la vague de froid qui a alourdi la facture énergétique des Français, mais les détails des chiffres révèlent une certaine robustesse des autres postes de dépenses. Les explications de Hélène Baudchon, économiste au sein du département de recherche économique de BNP Paribas.

Cette forte hausse de la consommation est-elle un phénomène durable?

Une telle hausse de 3% sur un mois est un phénomène assez rare derrière lequel se cache souvent un phénomène exceptionnel. C’est le genre de progression que l’on observe avec un effet météo ou à l’expiration d’une mesure comme la prime à la casse mi-2010. En février dernier, la consommation a été tirée essentiellement par une hausse de 12% des dépenses d’énergie, un rythme très élevé sur un mois qui est totalement lié à la vague de froid et par une hausse de 6% des dépenses vestimentaires. Les apparences sont donc bonnes mais c‘est un rebond en trompe l’œil car la réalité est moins favorable.

Ce rebond de la consommation n’est-il pas contradictoireavec le taux record d’épargne observé en 2011?

Non, il n’y a rien de paradoxal ou de contradictoire. Statistiquement, le taux d’épargne a un tout petit peu baissé au quatrième trimestre de 2011 car la progression de la consommation avait été un peu plus rapide que celle du revenu disponible. Et il y aura sûrement le même phénomène au premier trimestre 2012 car pour financer cette consommation les Français ont sans doute puisé dans leur épargne. En effet, la progression des autres dépenses comme les équipements du logement  (+0,3%) ou les «autres produits fabriqués» (+0,4%), laissent penser que, malgré ces dépenses d’énergie subies, ils n’ont pas significativement rogné sur leurs autres dépenses.

Cela est-il toutefois de bon augure pour les mois qui viennent?

Oui, cette progression modeste des autres postes de dépense amène à se dire que les consommateurs français ont une consommation qui résiste assez bien  au choc. Mais il faut être prudent car il y aura sans doute un contrecoup violent en mars et ce d’autant plus qu’il fait chaud et que les dépenses d’énergie seront donc très inférieurs à la normale saisonnière.

Néanmoins, même si on peut se tromper sur l’ampleur de ce retournement, on estime que même un recul de 3% de la consommation en mars permettrait d’avoir une légère progression de la consommation sur l’ensemble du premier trimestre. Et comme on peut aussi anticiper une progression de la consommation de services, au total la consommation pourrait progresser ce qui est une bonne nouvelle pour l’économie. A une réserve près et qui a beaucoup d’importance: c’est qu’il n’y ait pas de mauvaise surprise sur le commerce extérieur et l’investissement.