Tout comprendre sur le mécanisme européen de stabilité

CRISE DE LA DETTE La zone euro va tenter vendredi à Copenhague de se mettre d'accord sur le montant de son «pare-feu financier» qui doit la protéger contre de nouveaux soubresauts dans la crise de la dette, à l'heure où la situation économique de l'Espagne suscite des inquiétudes...

B. de V.

— 

Le président de l'Eurogroupe, Jean Claude Juncker, le 18 mai 2010 à une réunion des ministres des Finances de la zone euro
Le président de l'Eurogroupe, Jean Claude Juncker, le 18 mai 2010 à une réunion des ministres des Finances de la zone euro — Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Qu’est-ce qui se joue à Copenhague autour du MES?

Les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) conviendront de doubler momentanément les capacités de leurs mécanismes d'aide, l'une de leurs dernières initiatives pour sortir de la crise de la dette, même si l'Allemagne est favorable à un coup de pouce moins marqué. Augmenter les fonds destinés à aider les pays membres coupés des marchés est l'une des dernières mesures que la zone euro peut prendre pour tenter de rétablir la confiance des marchés.

C’est quoi le MES?

«Le pare-feu, c'est un peu comme le nucléaire sur le plan militaire, c'est fait pour ne pas être utilisé, c'est de la dissuasion», explique François Baroin. En cas d'urgence dans les quinze mois à venir, la zone euro pourrait porter la puissance de feu combinée de ses deux mécanismes d'aide - le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité (MES) - de 500 milliards d'euros à 940 milliards d'euros. L'urgence en question serait de renflouer un autre pays de la zone euro qui serait en difficulté.
Le MES sera doté de 500 milliards d'euros, tandis que le FESF, auquel le MES doit succéder en juillet, a lui une capacité de prêt de 440 milliards d'euros, dont 200 milliards déjà destinés à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal. Les ministres doivent autoriser le FESF à honorer ses engagements en cours en plus des 500 milliards d'euros dont serait doté le MES. La capacité de prêt combinée des deux mécanismes est actuellement plafonnée à 500 milliards d'euros.

Après juillet, quel rôle pour le FESF?

Tout nouveau renflouement éventuel après juillet sera donc pris en charge par le MES et s'il n'avait pas suffisamment d'argent, les 240 milliards d'euros du FESF non encore alloués seraient mobilisés. Le plafond global des capacités FESF/MES sera relevé de telle manière que les deux fonds puissent fonctionner si nécessaire à plein régime pendant la période durant laquelle le FESF restera disponible, c'est-à-dire jusqu'à la mi-2013.

Pourquoi le MES divise?

Premier contributeur des plans de sauvetage, l'Allemagne a longtemps refusé d'augmenter la capacité de prêts de ce mécanisme financier. Elle a récemment assoupli sa position, mais pas assez pour satisfaire la Commission européenne, la France ou des organisations comme l'OCDE qui plaident pour un fonds de secours de près de 1.000 milliards d'euros. Le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, a rejeté l'idée d'un Fonds de secours de 1.000 milliards d'euros, mais a envisagé d'aller jusqu'à près de 800 milliards d'euros. «Dépenser plus d'argent n'est pas la solution». Schäuble arrive à ce total de 800 milliards d'euros en comptant les 500 milliards du MES, les 200 milliards déjà engagés par le FESF, les 60 milliards déjà largement engagés du Mécanisme européen de stabilité financière (MESF) et 56 milliards de prêts bilatéraux à la Grèce.

Faut-il alors doter le MES au maximum?

La Commission européenne et plusieurs des grandes puissances économiques de la planète veulent développer les capacités d'aide de la zone euro le plus possible, dans l'espoir que les marchés reprennent confiance, ce qui éviterait d'avoir à engager ces capacités. Berlin au contraire ne veut pas d'une telle mobilisation à l'avance, ne l'acceptant que si cela est vraiment nécessaire, tout en observant que les marchés sont déjà plus apaisés.

En définitive, le résultat probable de la réunion de l'Eurogroupe - autoriser une augmentation momentanée des capacités de prêt à 940 milliards d'euros - sera un compromis entre la nécessité de rassurer le contribuable allemand et celle de rassurer les marchés. Un renforcement des capacités de renflouement de la zone euro est, pour la plupart des pays du Groupe des Vingt (G20), une condition préalable à une augmentation des dotations au FMI.

Quel est le programme des prochaines années?

Deux tranches du capital du MES seront versées en 2012, lui donnant une capacité de prêt de 200 milliards d'euros. La capacité totale ne sera que de 400 milliards en ajoutant les 200 milliards du FESF déjà déployés. Sa capacité totale ne serait que de 640 milliards d'euros en comptant les 240 milliards d'intervention d'urgence temporaire.
A partir de la mi-2013, lorsque les deux prochaines tranches du capital du MES doivent être versées, portant la capacité totale FESF/MES à 600 milliards, les 240 milliards du FESF non encore employés ne seront plus disponibles comme capacité d'intervention d'urgence.
La capacité de renflouement combinée des deux fonds n’atteindra pas le montant effectif de 700 milliards d'euros avant 2014. Des responsables de la zone euro observent toutefois que si le MES devait disposer de la totalité de ses capacités plus tôt, le capital pourrait être levé rapidement.