Les prix des jus de fruit ne manquent pas de pep's

CONSOMMATION En 2011, les prix de vente des jus de fruits ont progressé de 7,63%, selon Unijus, le syndicat du secteur...

Céline Boff

— 

 Les jus d'orange. Illustration des rayonnages et lineaires d'un supermarche. FRANCE -2005.
 Les jus d'orange. Illustration des rayonnages et lineaires d'un supermarche. FRANCE -2005. — DURAND FLORENCE/SIPA

Vous pensez perdre du pouvoir d’achat? Cela se confirme, en tout cas pour les jus de fruits. En 2011, leur prix de vente a progressé de 7,63%, selon une étude présentée ce jeudi par Unijus, le syndicat de la profession. Ce prix a même doublé pour les jus de fruits biologiques, qui représentent toutefois une part marginale: à peine 3,5% des volumes consommés.

Mais comment expliquer cette forte hausse du prix des jus de fruits? «Elle est liée à la très forte progression du coût des matières premières, l’une des plus importantes que nous ayons connue», avance Emmanuel Vasseneix, président d’Unijus. Entre 2009 et 2012, le prix des matières premières pour les jus concentrés a progressé de 75% pour l’orange, de 80% pour le pamplemousse et de 100% pour la pomme. Les purs jus ont eux aussi connu une hausse significative : 15% pour l’orange, 30% pour le raisin et 30% pour la pomme.

Le marché mondial de l’orange aux mains de trois familles brésiliennes

Ces hausses s’expliquent par différents facteurs. A commencer par des conditions météorologiques difficiles pour les pays producteurs (gelées précoces et ouragan en Floride, sécheresse en Asie, etc). La hausse des coûts du transport et la fluctuation des taux de change euro/dollar ont également pesé.

Mais l’explosion des prix s’explique surtout par la concentration des acteurs en amont du secteur. Ainsi, 70% du jus d’orange mondial – jus de fruit le plus consommé en France, et de loin (48% des volumes) – est fourni par le Brésil, et ce marché est détenu par seulement trois familles brésiliennes. De plus, l’Etat brésilien a mis en place une politique qui consiste à créer des stocks dans le but d’atteindre des prix minimums…

«La hausse de la consommation en Asie tend encore davantage nos relations avec les fournisseurs», avance Emmanuel Vasseneix, «le Brésil nous fait sentir que l’Europe n’est plus un Eldorado pour lui». Sans compter la concurrence qui se développe entre les différents débouchés. L’Espagne par exemple se concentre désormais sur la fourniture d’oranges de bouche, c’est-à-dire de fruit à croquer, au détriment du jus.

Une consommation qui se maintient en France

Reste que, malgré cette forte hausse des prix de vente, la consommation a à peine ralenti en 2011, enregistrant un recul de seulement 0,6%. Le pur jus – le produit le plus cher et le plus qualitatif – a même progressé, passant de 43% en 2010 à près de 50% du marché en 2011. «Cela prouve que le pur jus est vraiment associé à un produit plaisir et santé dans l’esprit des Français», se réjouit Emmanuel Vasseneix, qui précise que «cette forte consommation du pur jus en France est une vraie spécificité européenne». «Les Allemands font tout pour développer sur notre marché les produits à base de jus concentré, mais pour l’instant, leur stratégie ne fonctionne pas. Notre filière française a fait le choix de la qualité, et cet axe paie», se félicite-t-il.

Les professionnels sont d’autant plus satisfaits que le marché allemand est peu accessible aux Français: «Les Allemands étaient très patriotiques, il achète seulement allemand», affirme Emmanuel Vasseneix.

Et quid de 2012? Selon Unijus, «les coûts des matières premières devraient poursuivre leur hausse, mais les prix de vente devraient se stabiliser car nous avons beaucoup travaillé sur notre productivité».