Les Français épargnent comme jamais, mais est-ce une bonne nouvelle?

ECONOMIE Le taux d'épargne est au plus haut depuis 1983...

Mathieu Bruckmüller

— 

Petite fille à la tirelire.
Petite fille à la tirelire. — SIPA

Du jamais vu depuis 1983. Le taux d’épargne des Français a atteint 16,8% après impôts l’an dernier, selon l’Insee, soit une hausse de 0,7 point comparée à l’année 2010. 20 Minutes fait le point sur les conséquences pas toujours heureuses de ce record.

Pourquoi un taux aussi élevé?

Touchée de plein fouet par la crise des dettes souveraines en Europe, l’économie a été très chahutée. Pour cette année, les perspectives ne sont pas glorieuses. Optimiste, le gouvernement a relevé son anticipation de croissance à 0,7% contre 0,3% pour l’OCDE et même 0,2% pour le FMI. Ajoutez à cela un taux de chômage qui touche désormais 9,4% de la population active, les particuliers ont, comme en 2008, «joué la carte de l’épargne de précaution», décrypte Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des Epargnants. La hausse du taux d’épargne s’explique aussi par le goût des Français pour la pierre, valeur refuge par excellence. En effet, la moitié de ce dernier est constitué du remboursement d’emprunts immobilier.

Quelles sont les conséquences?

Un tel niveau d’épargne ne présage rien de bon. «A court terme, ce n’est pas une bonne nouvelle. Cela réduit d’autant la consommation», signale Philippe Crevel. Or, celle-ci représente 80% de la croissance. De plus, les Français ont une fâcheuse tendance à  se constituer une épargne dite de court terme. Le livret A est ainsi le grand gagnant du climat de tension qui a régulièrement régné sur les marchés. Sa collecte nette a atteint 17 milliards d’euros en 2011 malgré une rémunération de seulement 2,25% net d’impôt. Et elle atteint un petit 0,75% si on enlève l’inflation. Mais ces sommes ne sont pas directement réinvesties dans l’économie réelle, déplore Philippe Crevel. Contrairement aux actions ou aux obligations, notamment via l’assurance-vie, qui permettent de financer les entreprises. Or, leur développement est entravé par la raréfaction du crédit. En effet, en période d’incertitudes, les banques sont toujours plus frileuses.

Que nous réserve 2012?

Le pouvoir d’achat des ménages devrait au mieux rester stable, au pire baisser avec la hausse des impôts décidée lors des deux plans de rigueur du gouvernement Fillon en août et en septembre derniers. Dans ce contexte, Philippe Crevel parie sur un taux d’épargne inchangé. Le livret A, quant à lui, pourrait bien pulvériser le record de 2008 avec ses 18,7 milliards d’euros engrangés. En janvier et en février de cette année, la collecte nette a déjà atteint les 6 milliards d’euros.