Alexandre de Juniac, PDG d'Air France: «Nous allons nous battre face aux compagnies à bas prix»

INTERVIEW A l'occasion de l'ouverture de la nouvelle base de province d’Air France à Nice au cœur de la stratégie de la compagnie aérienne française afin de concurrencer les transporteurs à bas prix, Alexandre de Juniac, le PDG, se confie à «20 Minutes»…

Propos recueillis par Bertrand de Volontat

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Alexandre de Juniac, PDG d'Air France, le 8 mars 2012.
Alexandre de Juniac, PDG d'Air France, le 8 mars 2012. — PRM/SIPA

PDG d’Air France depuis novembre 2011, Alexandre de Juniac a vécu quatre premiers mois intenses. Des annonces de mesures sociales et stratégiques en janvier dernier aux dangers représentés par les low-cost et le prix du carburant, la marche pour redorer le blason et les finances de la compagnie passe notamment par l’ouverture de ces bases. Le PDG répond aux questions de 20 Minutes.

Que représente pour Air France l’ouverture d’une base de province?

Un vent d’optimisme, d’autant qu’il s’agit de ma première ouverture. Les low-cost nous ont appris que le passager est volatile. Il veut allier qualité et variété. Avec la base de Nice, après Marseille et avant Toulouse, nous créons une manière plus productive d’opérer nos lignes tout en ouvrant dix-huit nouvelles lignes vers la France, l’Europe et le bassin méditerranéen à des prix attractifs et tout compris, à la différence de nos concurrents low-cost, disponibles en aller simple, avec la qualité Air France. Le développement de ce trafic est une manière de répondre à la demande. Nous ambitionnons d’accueillir deux millions de passagers supplémentaires par an.

Comment gérer l’ouverture d’une telle base?

Elle correspond à une zone de marché importante, avec une activité et un trafic suffisant. A Nice, nous avons basé huit avions supplémentaires sur place et tous nos pilotes, dans le cadre de nos accords sociaux, ont accepté de travailler plus sur la base du volontariat. L’objectif est un gain de productivité de l’ordre de 15%. L’esprit d’entreprise créé dans chaque base nous permet d’être plus flexibles et donc plus réactifs.

Vous venez prendre des parts de marché aux compagnies low-cost?

 Easyjet a ouvert sa base de province mercredi, c’est tout sauf une coïncidence et cela prouve qu’ils prennent notre offensive commerciale très au sérieux. Nous allons nous battre face aux compagnies à bas prix. Nous voulons mieux servir les clients, du haut-de-gamme à la clientèle loisirs en économique, à bord de nos 1.300 vols au départ de ces trois villes. Dès cet été, à Toulouse, nos parts de marché devraient déjà être gagnées auprès de nos concurrents low-cost (de 51 à 54% de parts entre 2011 et 2012).

Vos attentes par rapport à ces bases sont donc élevées?

Les bases sont un de nos éléments de stratégie de reconquête. Il faut leur laisser du temps pour prendre leur envol. N’oublions pas que toute notre activité dépend tout d’abord du climat économique actuel. La volatilité de la facture pétrolière est la plus grande menace. Je constate que le trafic se maintient et que nos engagements pour l’été sont très encourageants.

Le climat de crise vous oblige toutefois à faire des choix?

Je savais, en arrivant, que ce ne serait pas simple. Toutefois, l’objectif consistant à améliorer de 20% l’efficacité économique d’Air France est accepté et partagé par les partenaires sociaux. C’est un pas important mais le plus dur reste à faire pour aboutir aux nouveaux accords en juin. Les questions de modération salariale sur deux ans et d’avancement sur un an sont déjà entérinées. Les 150 cadres-dirigeants ont à ce titre baissé de 15% leur salaire. J’ai moi-même contracté le mien de 25%. En outre, la question de l’emploi est pour moi primordiale. Tous les chantiers que nous lançons ont pour ambition de préserver l’emploi.

Quels sont vos objectifs pour Air France?

Notre objectif est de redevenir le numéro un mondial j’ai confiance dans nos chances d’y parvenir.