La Tunisie et l'Egypte à la reconquête des touristes français

TOURISME Plus d'un an après le printemps arabe, les deux pays peinent toujours à attirer les vacanciers de l'Hexagone...

Claire Planchard

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Les sites touristiques égyptiens étaient désertés par les visiteurs étrangers en février 2011 au plus fort du «Printemps arabe».
Les sites touristiques égyptiens étaient désertés par les visiteurs étrangers en février 2011 au plus fort du «Printemps arabe». — Khalil Hamra/AP/SIPA

«Publicité, promotions, invitations des opérateurs et des journalistes sur place: On a tout fait!», reconnaissait jeudi, un brin dépité, le ministre du tourisme égyptien Mounir Fakhry Abdel Nour. Pourtant les retombées tardent encore à se concrétiser.«Les Britanniques, les Polonais et les Allemands sont déjà de retour mais les Français restent frileux», expliquait-il jeudi dernier à Paris, devant un parterre de journalistes et de professionnels français.

Recul de fréquentation de 40% des touristes français

Le pays a pourtant un besoin vital de ces touristes étrangers: en 2011, la fréquentation du pays a chuté de plus de 33% par rapport à 2010, avec un recul de 42% pour les visiteurs français. Un manque à gagner estimé à plus de 8,8 milliards de dollars dans ce pays où le tourisme représentait 11,3% du PNB avant la révolution.

Même constat en Tunisie, pour qui la France constitue le premier marché européen en volumes (38%) mais aussi en nombre de nuitées (40%): «La fréquentation des Français a chuté de 40% à 1 million en 2011 par rapport à l’année record de 2010. Aujourd’hui, 67% de ce retard est comblé  alors que les fréquentations des Britanniques et des Russes qui n’avaient reculé que de 15 à 20% ont déjà repris leurs chiffres», explique la représentante de l’Office national du tourisme tunisien en France, Amel Achani.

Diversification et montée en gamme

La Tunisie a pour objectif de renouer avec ses niveaux de fréquentation de 2010 dès cet été et dans le courant de 2013. L’Egypte affiche même l’ambition de doubler ses chiffres d’ici 2017 pour atteindre 30 millions de touristes. Pour y parvenir, les deux pays n’entendent pas s’endormir sur leurs acquis: diversification et montée en gamme de l’offre touristique sont les maitres-mots.

L’Egypte compte ainsi développer de nouvelles formes de tourisme: «sport, religion, écologie, bien-être, désert» sont autant d’axe d’investissement. Pour préserver son patrimoine et son environnement, tout en rompant avec une réputation «bon marché»,  le gouvernement égyptien envisage même mettre de l’ordre  parmi les croisiéristes et les clubs de plongée qui polluent le Nil et les fonds de la Mer rouge, mais aussi de relever les tarifs des visites sur ses sites culturels. «Ces voyages ne correspondent souvent ni à l’attente des touristes ni à l’image de marque que l’on veut donner», estime le ministre du Tourisme.

«Il faut une relance avec une valeur ajoutée notamment en développant un tourisme plus authentique avec des hébergements alternatifs» explique pour sa part la représentante de l’Office national du tourisme tunisien. La Tunisie veut non seulement renouer avec son tourisme  balnéaire et familial mais aussi développer un tourisme d’arrière saison dans l’ensemble de ses régions.

Nouvelle image démocratique

Pour cela, le pays compte bien profiter sur sa nouvelle image démocratique: «Le nom de Tunisie est déjà aujourd’hui plus accrocheur pour attirer un nouveau public qui n’est pas seulement intéressé par la mer mais aussi pour découvrir le pays», explique la représentante de l’ONTT. L’organisme planche d’ailleurs sur un nouveau slogan pour mettre en avant cette nouvelle conquête politique.

Un atout également utilisé par l’Egypte pour tenter de lever les dernières réticences des citoyens de la patrie des droits de l’homme: «En venant en Egypte on exprime son soutien aux principes démocratiques, aux droits de l’homme et aux valeurs républicaines,  a lâché jeudi dernier le ministre égyptien du tourisme en guise de conclusion… avant de reprendre sa tournée internationale de reconquête.