Une grève générale jeudi risque de faire tourner le Portugal au ralenti

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Troisième pays de la zone euro, après la Grèce et l'Irlande, à obtenir une assistance financière internationale, le Portugal a reçu en mai 2011 un prêt de 78 milliards d'euros en échange d'un programme de reformes, marqué par des mesures de rigueur sans précédent.
Troisième pays de la zone euro, après la Grèce et l'Irlande, à obtenir une assistance financière internationale, le Portugal a reçu en mai 2011 un prêt de 78 milliards d'euros en échange d'un programme de reformes, marqué par des mesures de rigueur sans précédent. — Francisco Leong afp.com

Une grève générale contre les mesures d'austérité du gouvernement risque de faire tourner le Portugal au ralenti jeudi et attiser le mécontentement alors que le pays, sous assistance financière, est durement frappé par la récession et le chômage.

La grève devrait toucher en priorité les transports qui devraient être très perturbés, en particulier dans la capitale.

Le métro de Lisbonne sera ainsi fermé à partir de mercredi soir et jusqu'à l'aube du vendredi tandis qu'aucune navette fluviale ne devrait faire la liaison entre les deux rives du Tage. Un service minimum assurera la circulation de quelques trains et autobus mais sera probablement très insuffisant pour empêcher la formation de sérieux embouteillages, notamment aux abords de la capitale.

Des manifestations sont par ailleurs prévues tant à Lisbonne que dans les principales villes du Portugal.

"Nous sommes convaincus que nous aurons un taux de participation significatif", a assuré récemment Arménio Carlos, leader de la principale confédération syndicale portugaise, la CGTP, la seule à avoir appelé à la grève.

La participation à cette grève générale apparaît comme un test pour la CGT, proche du Parti communiste, qui rassemble 350.000 adhérents et pourra ainsi mesurer son influence après avoir réussi, à la mi-février, à faire descendre dans les rues de Lisbonne quelque 300.000 personnes, selon ses propres estimations.

La CGTP s'est lancée seule dans la bataille alors qu'elle avait reçu le soutien de l'autre grande centrale syndicale, l'UGT, pour les deux précédentes grèves générales en novembre 2010 et novembre 2011.

L'UGT, historiquement proche du Parti socialiste, s'est nettement démarquée de sa consoeur et son leader, Joao Proença, a qualifié la grève de jeudi de "pseudo grève générale, sans objectifs définis".

Les deux syndicats se sont divisés après que l'UGT eut accepté une reforme du code du travail que le gouvernement a négociée avec les partenaires sociaux mais que la CGTP a catégoriquement rejetée, claquant même la porte des discussions.

Cette réforme, qui prévoit notamment un assouplissement du marché du travail en matière d'horaires et de licenciements, ainsi que la suppression de jours fériés et de jours de congés, est devenue la cible privilégiée de la CGTP dans ses critiques contre les mesures de rigueur du gouvernement de centre-droit.

Troisième pays de la zone euro, après la Grèce et l'Irlande, à obtenir une assistance financière internationale, le Portugal a reçu en mai 2011 un prêt de 78 milliards d'euros en échange d'un programme de reformes, marqué par des mesures de rigueur sans précédent.

L'austérité a eu pour effet de ralentir l'économie portugaise qui, selon des prévisions officielles, devrait, cette année, se contracter de plus de 3% tandis que le taux de chômage, qui a atteint 14% fin 2011 et même 35% pour les jeunes de 15 à 24 ans, devrait s'établir à 14,5%.

Ces mauvaises prévisions ont alimenté des craintes selon lesquelles le Portugal pourrait avoir besoin d'une aide supplémentaire, d'autant que les milieux financiers doutent qu'il puisse, comme il en a l'intention, revenir sur les marchés privés de la dette en septembre 2013, en raison de taux d'intérêts à long terme beaucoup trop élevés.

Le gouvernement du Premier ministre Pedro Passos Coelho, qui a cherché à calmer les inquiétudes en répétant qu'il ne demanderait "ni plus de temps ni plus d'argent", s'est vu conforté début mars par un soutien appuyé de la "Troïka" (UE-FMI-BCE, les créanciers du Portugal) qui s'est déclarée satisfaite de la mise en oeuvre du programme de réformes.