Jean-François Théodore, affable mais tenace

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Deutsche Börse s'est dit mercredi "impatient d'engager des négociations concrètes" avec Euronext en vue d'une fusion, trois semaines après l'avoir invité à réfléchir de nouveau à un tel rapprochement.
Deutsche Börse s'est dit mercredi "impatient d'engager des négociations concrètes" avec Euronext en vue d'une fusion, trois semaines après l'avoir invité à réfléchir de nouveau à un tel rapprochement. — Pierre Verdy AFP

Jean-François Théodore, le PDG de l'opérateur pan-européen boursier Euronext, qui va fusionner avec Wall Street, a bâti son empire doucement mais sûrement depuis 2000.

Né en décembre 1946, Jean-François Théodore est d'abord un haut fonctionnaire. Licencié en droit, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris et ancien élève de l'ENA (Ecole nationale d'administration), il entre à 28 ans à la direction du Trésor, où il restera pendant seize ans. En 1990, il décide de quitter la fonction publique pour prendre la direction de la Bourse de Paris, bien que ses proches tentent de l'en dissuader. A l'époque, la place financière connaît une passe difficile: plusieurs grands groupes cotés font faillite ou s'embourbent dans des scandales financiers.

Cet amateur d'opéra, passionné par l'Inde où il se rend régulièrement, parvient à moderniser et à développer la Bourse française, en passant notamment des négociations à la criée au traitement par système informatique. Mais Jean-François Théodore ne se retrouve véritablement sous les feux de la rampe que dix ans après son arrivée à la Bourse, en 2000, lorsque les places de Paris, Amsterdam et Bruxelles fusionnent pour donner naissance à Euronext. Il prend ainsi la tête de la deuxième place européenne derrière Londres, en terme de capitalisation. Son mandat, reconduit en 2004, court jusqu'à 2007.

Un peu plus d'un an après la création d'Euronext, cet homme affable mais tenace coiffe au poteau le London Stock Exchange (LSE) et la Deutsche Boerse, en s'octroyant le marché des dérivés londoniens Liffe, à la surprise générale. Selon des proches du dossier, le Liffe aurait préféré la flexibilité de Théodore dans les négociations. Juste avant, en juillet 2001, il pilote l'introduction en Bourse d'Euronext, dans l'optique de financer des acquisitions, mais de façon amicale, souligne-t-il. L'année suivante, il convainc Lisbonne de rejoindre Euronext.

Il réussira également en juillet 2005 à racheter la plate-forme de négociations électroniques d'obligations MTS, numéro 1 européen de négoce des emprunts d'Etat de la zone euro, évinçant les groupes financiers Reuters et Bloomberg ainsi que le marché à terme de Chicago, le CBOT.

Apprécié pour ses talents de négociateur et son rôle fédérateur, Jean-François Théodore, marié et père de trois enfants, connaît pourtant un cuisant échec en 1998 : l'accord qu'il négociait avec les Bourses suisse et allemande pour rivaliser avec la Bourse de Londres tombe à l'eau. Francfort lui préfèrera le LSE et entamera des négociations avec ce dernier, qui ont finalement échoué.