John Thain, rigueur et modernité

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"Nyse Euronext sera le seul marché financier réellement mondial et le plus liquide de la planète, et offrira aux investisseurs et aux émetteurs aux Etats-Unis, en Europe et à travers le monde des avantages incomparables", a vanté John Thain, le PDG du Nyse.
"Nyse Euronext sera le seul marché financier réellement mondial et le plus liquide de la planète, et offrira aux investisseurs et aux émetteurs aux Etats-Unis, en Europe et à travers le monde des avantages incomparables", a vanté John Thain, le PDG du Nyse. — Pierre Verdy AFP/Archives

Agé de 51 ans, le PDG de la Bourse de New York, John Thain, a réussi un coup de maître en s'alliant avec la place pan-européenne Euronext, qui regroupe les places de Paris, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne. L’ancien président de la prestigieuse banque d'affaires Goldman Sachs, considérée comme un véritable incubateur de dirigeants, poursuit ainsi la transformation rapide de la vénérable institution de Wall Street.

Ingénieur en électricité du MIT et diplômé de l'école de commerce de Harvard, John Thain a pris les rennes du NYSE en septembre 2003, succédant à Richard Grasso, poussé vers la sortie à la suite d'un scandale sur le montant de ses compensations. Si le règne de Grasso est associé à certains excès de Wall Street, celui de Thain représente la droiture et de la modernisation d'une place boursière vieille de 214 ans. Alors que Grasso s'était octroyé des compensations de 140 millions de dollars, Thain a accepté le poste de PDG pour un revenu annuel de 4 millions de dollars, soit le cinquième de ce qu'il percevait chez Goldman Sachs, avec pour ambition "de faire une vraie différence".

Ceux qui le connaissent de longue date n'ont pas été surpris de sa nomination à la tête de la Bourse de New York, évoquant la rigueur scientifique de l'ingénieur et son sens pratique, mêlés à une nature réservée. Quelques semaines après sa nomination au NYSE, Thain assouplissait déjà le recours au courtage électronique au sein du célèbre parquet, dont le système d'enchères à la criée apparaît presque anachronique. En ouvrant la voie aux échanges électroniques, considérés comme plus transparents, Thain a par ailleurs permis de redorer l'image du NYSE, écornée par la condamnation, dans le sillage de la démission de Grasso, de plusieurs opérateurs de marché ayant abusé de leur position pour s'enrichir personnellement.

Cette évolution apparaissait aussi comme un moyen de concurrencer sur son propre terrain son grand rival depuis plusieurs décennies, la bourse électronique Nasdaq qui rêve aussi de s'étendre en Europe et sur lequel John Thain vient de prendre une longueur d'avance en fusionnant avec Euronext.

Le patron de la bourse de New York, qui a présidé des tables rondes aux entretiens de Davos, confie aussi réfléchir à d'autres sujets liés à la mondialisation, et à certains de ses effets pervers, comme le réchauffement de la planète, les économies d'énergie et l'environnement. "Nous savons que l'une des raisons pour lesquelles les cyclones (comme Katrina) sont devenus si puissants tient au fait que la température de l'eau dans le Golfe du Mexique est significativement plus élevée que la normale. Aussi, je pense que nous devons revenir au problème du changement de climat et du réchauffement de la planète", déclarait-il récemment dans une interview à la Yale Economic Review. "Je pense aussi que les prix de l'essence au dessus de trois dollars (à la pompe) doivent nous reconcentrer sur les économies d'énergie."