Comment Internet a révolutionné le business du porno en France

PORNO La majorité des producteurs historiques ont disparu. Survivent aujourd'hui l'incontournable Marc Dorcel et une kyrielle de maisons «artisanales»...

Mathieu Bruckmüller

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Des DVD X
Des DVD X — R. B. LEVINE/NEWSCOM/SIPA

C’est peu dire que l’explosion du Web  et de l’accès au contenu gratuit a bouleversé la donne de l’industrie du porno dans l’Hexagone au cours des dernières années. Des dizaines de compagnies de production qui avaient surfé sur le boom du secteur dans les années 90, il n’en reste qu’une poignée dont Marc Dorcel, Colmax ou encore Blue One. «Celles qui  n’ont pas su prendre le virage Internet se sont retrouvées dans l’impasse», décrypte Pierre Cavalier, secrétaire de rédaction du magazine Hot Vidéo.

L’essentiel des revenus qui étaient avant générés via les ventes de cassettes puis de DVD ont depuis été reportés sur la Toile. «Nous avons arrêté d’en faire en 2008. Le marché est réduit à son strict minimum avec quelques vidéoclubs.  Nous, désormais, c’est 100% digital», explique Vincent Gresser, directeur des opérations chez Colmax.

Environ 200 millions de chiffre d’affaires

Selon Pierre Cavalier, le chiffre d ‘affaires de la vidéo X en France qui stagnait depuis une dizaine d’année autour de 100 millions d’euros par an a doublé, notamment avec le phénomène de la VOD. Le développement du Web a rebrassé les cartes et des dizaines de nouveaux acteurs se sont engouffrés dans la brèche. «Des sociétés très artisanales avec de petits chiffres d’affaires qui suffisent à entretenir une petite équipe», explique Pierre Cavalier.

Bien loin de «l’empire» Marc Dorcel et de ses 26 millions d’euros de revenus l’an dernier. La recette du succès: la diversification grâce à la presse, la VOD, la production, la distribution de films notamment à l’étranger… Désormais les mastodontes du X sont dirigés par de vrais businessmen. Grégory Dorcel, à la tête du groupe fondé par son père, «est un homme d ‘affaires qui n’a rien à voir avec le milieu du porno traditionnel. Il est d’une tout autre école, beaucoup plus commercial», explique Pierre Cavalier.

En effet, la concurrence est plus vive que jamais. Le porno est pour sa plus grande partie consommé gratuitement via les tubes qui génèrent des millions de vus. Pourtant, le X payant a toujours un avenir. Ainsi, pour se démarquer, Colmax mise sur une offre de qualité avec une variété de contenus tout en restant loin des excès des films américains. «C’est assez trash, il faut que l’homme soit violent envers la fille. Ce qui marche le mieux, ici, c’est le film local», estime Vincent Gresser.

Le «made in France» fait recette

Un goût prononcé pour le «made in France» et notamment pour les films amateurs. Un segment en forte croissance.  En produisant régulièrement de nouvelles scènes, un site comme Jacquie et Michel arrive à se constituer une clientèle de fidèles.

Au lieu de débourser de 10 à 20 euros pour visionner ou télécharger un film en entier ou même s’abonner à un site, de nombreux internautes préfèrent payer seulement pour une scène qui leur reviendra moins cher, à partir d’1,50 euro, via Allopass. En moyenne, selon les calculs de Pierre Cavalier, seuls 3 à 5% des internautes qui se rendent sur un site porno vont mettre la main à la poche pour s’offrir du contenu payant. D’où l’intérêt de doper l’audience. Reste une infime minorité qui va encore acheter des DVD, devenus presque des objets de collection.

Dans tous les cas, la gratuité a mis à mal les grosses productions. Les gros budgets (150.000 euros) ont été divisés par trois. Les salaires des actrices françaises s’en ressentent. Seule une poignée arrive à vivre de tournages X. Une majorité fait de l’escorting pour compléter leurs revenus. Une activité annexe qui a «toujours été un secret de polichinelle» dixit Pierre Cavalier.