«Le numérique doit permettre de recruter de nouvelles lectrices papier»

SALON DU LIVRE Papier fait de la résistance mais a compris que le numérique n'est pas un obstacle mais un moyen de développement supplémentaire. Le dg de l'éditeur Harlequin France nous explique comment le livre doit s’appuyer sur ce marché encore émergent...

Bertrand de Volontat

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Lors de l'inauguration de la 32e édition du Salon du Livre de Paris
Lors de l'inauguration de la 32e édition du Salon du Livre de Paris — Urman Lionnel

Le jour de l’ouverture du salon annuel du livre, Stéphane Aznar, directeur général des éditions Harlequin France – joint venture du canadien Harlequin et du Français Hachette Livre -, expose pour 20 Minutes la place prise par le numérique dans le milieu du livre.

La crise accélère-t-elle le tournant vers le tout numérique?

Il y aura toujours des livres papiers, j’en suis un fervent défenseur. Toutefois, la crise touche dorénavant l’édition qui était protégée jusqu’à présent. Depuis l’été 2011 et la rentrée littéraire, les revenus sont en baisse. Il nous faut donc réduire notre nombre de tirs sur les livres physiques.

La crise se matérialise par deux phénomènes: d’une part, les Français font des arbitrages en termes de consommation des biens culturels. D’autre part, la situation avec les distributeurs (grandes surfaces, grandes chaînes de distribution) se tend. Il y a moins de trafic dans leurs rayons. Nous devons nous tourner vers d’autres e-libraires (numilog, cultura, chapitre) mais aussi vers tout type de distribution physique: grande librairies, enseignes culturelles, etc.

C’est pourquoi les zones de croissance à explorer sont les réseaux de e-commerce pour la vente de livres physiques et l’essor du numérique. En 2011, nos 1.000 e-books ont été téléchargés 600.000 fois.

Est-ce que le numérique rapporte?

Le marché du numérique est aujourd’hui encore très marginal. Il est trop tôt pour parler de déplacement du lectorat (le numérique représente pour l’instant 1% des résultats de l’édition française, selon l’institut GFK). C’est un marché émergent et le coût de numérisation est très élevé. Harlequin est toutefois déjà rentable sur le numérique (1 million d’euros de revenus en e-books) car nous nous y sommes pris très tôt, nous proposons une gamme très large, notre public féminin lit davantage, nous avons très tôt également un site marchand, une application iPhone (comme la plupart des éditeurs aujourd’hui) et le genre sentimental de poche, de 160 pages à 2.99 euros se vend bien.

A ce titre, le facteur prix est déterminant. Notre décote du physique au numérique est de 25 à 30%.

Le numérique ouvre-t-il la voie a de nouvelles ambitions?

L’enjeu est désormais de proposer plus des contenus et des contenus de qualité. Nous devrions passer à 3.000 e-books fin 2012 (et les téléchargements suivront si le nombre de ventes de liseuses et tablettes augmente). Aussi, à l’instar du salon du livre qui a une visée grand public, nous avons sur le numérique une ambition transfrontalière afin de réaliser une part de plus en plus grande de notre trafic hors de l’Hexagone.

Le numérique doit aussi ouvrir la voie au recrutement de nouvelles lectrices. Dans un premier temps pour l’achat d’e-books puis pour les faire passer au papier. Le numérique doit apporter de la flexibilité afin de naviguer aisément de la tablette ou de la liseuse au livre physique.