Geodis seul candidat à la reprise du transporteur Sernam

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Geodis, filiale de la SNCF, est seul à s'être porté candidat vendredi à la reprise de Sernam, compliquée par l'exigence de Bruxelles de voir l'Etat français recouvrer 642 millions d'euros d'aides illégales versées au transporteur aujourd'hui en redressement judiciaire.
Geodis, filiale de la SNCF, est seul à s'être porté candidat vendredi à la reprise de Sernam, compliquée par l'exigence de Bruxelles de voir l'Etat français recouvrer 642 millions d'euros d'aides illégales versées au transporteur aujourd'hui en redressement judiciaire. — Fred Dufour afp.com

Geodis, filiale de la SNCF, est seul à s'être porté candidat vendredi à la reprise de Sernam, compliquée par l'exigence de Bruxelles de voir l'Etat français recouvrer 642 millions d'euros d'aides illégales versées au transporteur aujourd'hui en redressement judiciaire.

Le gouvernement, soucieux de ne pas voir une nouvelle "bombe" sociale exploser à l'approche de la présidentielle, a annoncé qu'il envisageait un recours contre la décision de la Commission européenne.

Sernam a confirmé en fin de soirée le dépôt d'une seule offre, partielle, de reprise, émanant du tandem BMV/Geodis-Calberson, deux entreprises de la myriade de filiales ou partenaires de Geodis, qui proposent "le maintien de 826 emplois", sur les 1.600 actuels.

Peu après l'échéance fixée à 17H00 vendredi par le tribunal de commerce de Nanterre, une source proche du dossier avait annoncé à l'AFP que Geodis était "le seul candidat à la reprise", les deux autres postulants un temps évoqués, les groupes Caravelle et Heppner, n'ayant "pas déposé d'offre".

Le directeur général de Geodis, Pierre Blayau, avait auparavant maintenu l'intention de son groupe de présenter une offre "dans les délais impartis", malgré l'obstacle de la décision de Bruxelles.

"Cette décision ne change rien pour nous. Elle était attendue, même si on ne savait quels seraient son sens et son montant", avait déclaré M. Blayau.

Un obstacle majeur subsiste néanmoins: Geodis conditionne son projet au fait de ne pas avoir à supporter, en "débiteur de substitution", le remboursement aux pouvoirs publics des aides versées à Sernam jugées indues par la Commission européenne.

Bruxelles estime que l'ensemble des aides publiques accordées à Sernam de 2001 jusqu'à sa privatisation en 2005 ont conféré à l'entreprise "un avantage économique indu".

La Commission, qui avait retoqué en 2004 un premier apport public de 41 millions d'euros, a reproché aux autorités françaises d'avoir "manqué à leur obligation" de la récupérer. "Il incombe à la société financière Sernam (...) de rembourser cette somme ainsi que toutes les autres aides dont Sernam a bénéficié, soit un total de plus de 642 millions d'euros", a-t-elle jugé.

La décision a été accueillie avec pessimisme dans l'entreprise.

"Comme il n'y a qu'une offre, ce sont encore les salariés qui vont trinquer et on ne sait même pas si elle va tenir", a déclaré à l'AFP Maxime Dumont, secrétaire général de l'Union fédérale route de la CFDT (majoritaire chez Sernam) à l'issue d'une réunion avec l'administrateur judiciaire.

M. Dumont a précisé que le ministre des Transports Thierry Mariani, qui devait initialement rencontrer les syndicats jeudi, avait proposé d'avancer le rendez-vous.

M. Mariani a indiqué que "les autorités françaises ne partagent absolument pas l'analyse de la Commission européenne dans ce dossier". "Nous considérons que les conditions d'aide à la restructuration de Sernam ont été respectées", a-t-il déclaré à l'AFP, précisant que ses services allaient "étudier la possibilité d'un éventuel recours".

La proximité des élections rend le dossier Sernam sensible et, en coulisses, des professionnels du secteur assurent voir la main du gouvernement derrière la candidature de Geodis, groupe public, à une reprise qu'il excluait il y a peu.

"Nous considérons qu'il y a intérêt industriel pour Geodis à proposer un projet de reprise partiel", a rétorqué vendredi Pierre Blayau.

Ancienne filiale de la SNCF, Sernam est aujourd'hui détenu à 80,32% par la société d'investissements Butler Capital Partners (BCP). Ses difficultés financières l'ont amené fin janvier au redressement judiciaire, avec période d'observation de six mois.