Fukushima, un an après: «Le faible recul de la croissance est quasiment miraculeux»

INTERVIEW L'économiste Evelyne Dourille-Feer dresse le bilan des conséquences de la catastrophe...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

— 

Le PIB japonais a reculé de seulement 0,7% en 2011
Le PIB japonais a reculé de seulement 0,7% en 2011 — Y. TSUNO / AFP

Les experts craignaient le pire après le séisme, le tsunami et enfin la catastrophe de Fukushima du 11 mars. Finalement le choc économique aura été plus faible que la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers en 2008. 20 Minutes fait le point sur la situation de l’Archipel, un an après, avec Evelyne Dourille-Feer, économiste au Centre français d'étude et de recherche en économie internationale (Cepii).

Quels ont été les impacts sur l’économie japonaise de cette série de catastrophes?

Il y a eu un choc sur la croissance japonaise. Au premier trimestre, la contraction du Produit intérieur brut (PIB) par rapport au trois mois précédents a atteint 6,8%, ce qui semble beaucoup. Néanmoins, si on la compare au choc Lehman Brothers (la faillite de la banque d’affaires américaine avait précipité la crise financière mondiale, ndlr) en septembre 2008, le repli du PIB avait alors été de 12,3% au quatrième trimestre de la même année et même de 14,8% sur le premier semestre 2009.

Au final, en 2011, le recul de la croissance cette année n’aura été que de 0,7% du PIB, ce qui est quasiment miraculeux compte tenu des 170 milliards d’euros de dégâts causés aux infrastructures et du terrible bilan humain qui s’établit à environ 19.000 morts et disparus.

En plus, dans la dernière partie de l’année, le Japon a été pénalisé par la vigueur du yen et les inondations en Thaïlande où on compte plusieurs centaines d’entreprises japonaises.

Comment ont réagi les différents agents économiques?

Après Fukushima, la consommation a été déprimée. Les Japonais par solidarité vis-à-vis des victimes ont annulé les dépenses festives et ont délaissé la restauration. Quant aux entreprises, elles ont faiblement investi en raison de la visibilité réduite sur l’évolution de l’économie. De plus, elles ont été confrontées pour beaucoup à une rupture de leur chaîne d’approvisionnement, avant un retour à la normale à partir de l’été.

Néanmoins, les différents plans de relance ont permis d’injecter dans l’économie 6 trillions de yens (54 milliards d’euros), ce qui n’est pas rien.

Malgré tout l’économie japonaise a été plombée par l’augmentation des importations de matières premières fossiles: gaz naturel liquéfié et pétrole en raison de l’arrêt des réacteurs de Fukushima qui ont entraîné une baisse de 30% de l’approvisionnement électrique. Cela a fait grimper les importations et provoqué le premier déficit de la balance commerciale japonaise depuis 31 ans.

Quel est le principal défi que doit relever l’économie japonaise?

Le problème majeur est celui de l’approvisionnement stable en électricité. Les tensions sont importantes sur le réseau électrique dans la région du grand Tokyo. Plusieurs centrales sont en attente pour redémarrer. Le prix de l’électricité augmente, les industriels hésitent à investir et ils se posent la question de délocaliser notamment en Corée du sud où l’électricité est trois fois moins chère. Seront-elles mises en place? Il faudra surveiller si le gouvernement apportera ou non des aides financières aux industries.

Quelles sont les perspectives pour cette année?

Les prévisions de croissance varient dans une fourchette assez large de +1,2% à 3%. Tout dépendra de l’impact des plans de relance et du niveau des exportations selon la santé de l’économie mondiale.