Les investisseurs américains se plaisent en France

ECONOMIE Après l'embellie de 2010, l'investissement américain en France en 2011 est redevenu attentiste, sans pour autant atteindre les bas de 2008 et 2009, analyse le baromètre AmCham-Bain sur «Le moral des investisseurs américains en France», publié ce mercredi...

Bertrand de Volontat

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Les entreprises américaines ont beaucoup investi dans la production en France en 2011
Les entreprises américaines ont beaucoup investi dans la production en France en 2011 — Sipa

Les investisseurs américains se plaisent en France et le lui rendent bien. Si leur moral se dégrade en 2011 – seuls 21% des investisseurs considèrent que le contexte est positif à leur entreprise –, l’attractivité relative de la France (par comparaison à d’autres pays) a augmenté de 10% en 2011, de 46% à 56%. «Le dialogue transatlantique doit continuer à prospérer», explique Eric Boustouller, Président de la chambre américaine de commerce en France (AmCham).

Une position confirmée par la Transactlantic task force on trade and investment, mise en place par le German Marshall Fund (GMF), dans son rapport de février 2012, «A new era for transatlantic trade leadership». Cette étude rapporte que les deux principales forces économiques mondiales, l’Union européenne et les Etats-Unis - 55% du marché mondial à eux deux - doivent renouer avec un leadership perdu. «Il faut faire comprendre aux populations européenne et américaine qu’un tel partenariat pourrait amener à la création d’emplois et serait tout sauf un danger pour le produire, acheter et employer national», précise un membre du GMF.

La France collectionne les points forts auprès des Américains

«La France a des atouts structurels et la présence américaine en France a des impacts sur le "produire en France", poursuit-il. Les entreprises américaines représentent en effet 800.000 emplois directs et 2 millions d’emplois indirects dans l’Hexagone. Elles génèrent chaque année plus de 25 millions d’euros en exportations vers les Etats-Unis.

L’état actuel de la dette européenne et son impact sur l’euro nuit cependant à l’investissement puisque 67% des dirigeants la jugent dommageable voire très dommageable. Les questions de déficit public inquiètent également, l’Etat étant considéré comme dépensant trop. Toutefois, le crédit impôt recherche lié à la part grandissante de la R&D dans les facteurs clés d’investissement incitent de plus en plus les investisseurs à s’implanter, à l’instar de l’impact de la réforme des retraites et de l’emploi seniors, jugé positif par les investisseurs.

Les autres critères majeurs de séduction à la française sont la qualification de la main d’œuvre, celle des infrastructures, la qualité de vie et la situation géographique. Les faiblesses françaises sont liées à une fiscalité insuffisamment attractive et la seule suppression de la taxe professionnelle n’a pas réussi à convaincre. La fiscalité n’est cependant pas un critère primordial. Par ailleurs, le manque de souplesse en droit du travail (coûts et procédure de licenciement au premier plan) reste un point noir pour la France qui tend à se corriger lentement.

La présidentielle n’entre pas en ligne de compte

L’écart entre les prévisions et la réalité témoigne de cette dégradation. Ils n’étaient que 12% à prévoir une évolution négative et ils ont finalement été 43% à la ressentir. Enfin si 38% souhaitaient embaucher, ils n’ont finalement été que 21%. Près d’un tiers des entreprises américaines ont même réduit leurs effectifs.

Les investisseurs sont en revanche globalement neutres face aux enjeux de l’élection présidentielle en France cette année. «Les investisseurs sont dans une logique de long terme sur 10, 50, 100 ans et ne s’arrêtent pas aux changements structurels du moment», décrypte Eric Boustouller, faisant notamment référence à la taxe à 75% proposée par le candidat socialiste et à la TVA sociale. Nul doute toutefois qu’un environnement fiscal austère ne poussera pas les investisseurs a développer leurs exploitations hexagonales.

La France doit désormais également faire face à la concurrence allemande. Elle reste pour l’heure le deuxième pays d’accueil des IDE américains – derrière la Grande-Bretagne – et les Etats-Unis sont le deuxième investisseur étranger en France. Les exemples en 2011 de 3M, avec l’acquisition de GPI, ou d’Amazon, de Google et de Dell avec la création de centres témoignent de l’attrait continu des Américains pour notre territoire et de ce qu’ils représentent pour notre bassin d’emploi et de compétitivité.