Malgré l'accalmie sur les marchés, les investisseurs désertent la Bourse

PLACEMENTS Malgré un début d'année plutôt favorable, professionnels et particuliers rechignent à investir en Bourse...

C.P. avec AFP

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Malgré un début d'année plutôt favorable sur les marchés européens, les investisseurs professionnels et particuliers rechignent à investir en Bourse, une prudence qui trouve sa source dans la crise de la dette mais qui traduit également un désintérêt durable pour les actions.
Malgré un début d'année plutôt favorable sur les marchés européens, les investisseurs professionnels et particuliers rechignent à investir en Bourse, une prudence qui trouve sa source dans la crise de la dette mais qui traduit également un désintérêt durable pour les actions. — Eric Piermont afp.com

Simple méfiance ou réel désintérêt? Les bourses européennes peinent à séduire les investisseurs ces dernières semaines. Un désamour que la seule crise de la dette ne suffit à expliquer.

Des marchés en partie désertés

A la Bourse de Paris, depuis le 1er janvier, les transactions ont atteint en moyenne chaque jour un peu plus de 3 milliards d'euros, alors même que le CAC 40 affichait une hausse de près de 10% sur la période.

Des volumes bien en dessous des 4 à 5 milliards d'euros de l'été quand les marchés se sont effondrés en raison des craintes sur la zone euro et où la spéculation battait son plein.

Or, l'abondance de liquidités injectées dans le système financier par la Banque centrale européenne (BCE) et l'accalmie qui règne en zone euro, où la crise de la dette s'éloigne, n'ont pas fait revenir les investisseurs.

Les grands fonds d'investissement, y compris les plus spéculatifs, les banques et les assureurs, qui font la majorité des volumes boursiers, se sont massivement délestés de leur portefeuille d'actions au moment de la crise de cet été, sans changer encore de comportement.

Une enquête de Morningstar, publiée le 28 février, révélait qu'une écrasante majorité d'investisseurs institutionnels en France souhaitent maintenir voire diminuer leur exposition aux actifs risqués comme les actions.

Pour Arnaud de Champvallier, directeur de la gestion chez Turgot Asset Management, «le retour des grandes maisons passera par des certitudes sur la Grèce et un peu de temps».

Méfiance structurelle des professionnelle

Mais au-delà de la crise de la dette, les analystes sont d'accord pour dire que des facteurs plus durables rendent les investisseurs professionnels méfiants à l'égard de la Bourse.

«Structurellement, les volumes ont énormément baissé pour des questions réglementaires», rappelle Isabelle Enos, chez B*Capital (groupe BNP Paribas).

Les banques ont réduit leur activité pour compte propre tandis que les assureurs sont contraints de limiter le poids de leur portefeuille en actions, selon une nouvelle réglementation qui vise à renforcer leur solvabilité.

«Les volumes ne peuvent s'accélérer que si la volatilité augmente. Au mois d'août, l'accroissement de la volatilité a fait que tous les ordinateurs se sont mis en marche», explique Eric Turjeman, responsable de l'expertise actions chez Amundi.

Les acteurs du trading à haut fréquence, ultrarapide, peuvent représenter une part majoritaire de l'activité sur les marchés en cas de forte volatilité.

Les particuliers échaudés «après une décennie perdue en Bourse»

Ce contexte pousse les particuliers à être très méfiants par rapport aux actions, même si leur poids dans les volumes est habituellement faible.

«Les investisseurs ont davantage diversifié leurs placements, en réponse aux crises récentes», explique Isabelle Enos, rappelant qu'ils ont accès désormais aux matières premières ou aux marchés des changes, qui sont très en vogue.

Plus généralement, «les particuliers sont un peu échaudés, après une décennie perdue en Bourse», résume Eric Turjeman.