Economie du sport: «La crise est une aubaine pour les nouveaux arrivants»

INTERVIEW Etat des lieux de l'évolution du sport business et réaction à la proposition de François Hollande par Vincent Chaudel, expert sport du cabinet de conseil Kurt Salmon...

Propos recueillis par Bertrand de Volontat
— 
Al Jazeera Sports, futur diffuseur TV de football français et européen
Al Jazeera Sports, futur diffuseur TV de football français et européen — REAU ALEXIS/SIPA

L’industrie du sport dépasse aujourd’hui très largement les aires de jeu. Elle représente entre 350 et 450 milliards d’euros de dépenses annuelles (étude de mars 2012 d’AT Kearney dont le décryptage est à lire sur «20 Minutes»). Toutefois, avec la crise économique, les cartes sont en train d’être redistribuées, comme l’explique Vincent Chaudel à «20 Minutes». 

La crise économique change-t-elle la donne?

Le changement d’environnement lié à la crise oblige les acteurs historiques, tels que Canal + par exemple, à rationaliser leurs investissements: portefeuille de droits pour un diffuseur, droits sponsoring pour un annonceur. La crise est une aubaine pour de nouveaux arrivants. La chaîne cryptée a décidé de ne pas aller à la surenchère face à Al-Jazeera Sport – qui avait déjà les droits internationaux de la L1 et dont l’offensive s’est vraiment fait ressentir cette année – son ajustement stratégique consistant à ne pas se mettre dans le rouge. 

L’évolution sectorielle sonne probablement la fin de l’exclusivité et le début de choix plus stratégiques comme le font Canal +, M6 ou TF1. Si nous ne reviendrons pas à la situation passée, les chaînes comme Canal justement préparent déjà l’avenir notamment avec le rachat de Direct 8 à Bolloré. Mais la certitude est que le paysage change. TF1 a par exemple quasiment disparu de certains négociations alors que du temps des chaînes hertziennes, elle faisait le marché. 

Cette rationalisation signifie-t-il moins de dépenses et moins de revenus dans l’univers du sport?

La spirale inflationniste qui touchait les prix des contrats télévisuels et des salaires s’est arrêtée avec la crise. Il n’y avait aucun souci avec cette inflation car les dépenses augmentaient proportionnellement aux rentrées financières. La crise économique met en difficultés les acteurs habituels mais les leaders restent les leaders et l’impact est ressenti essentiellement au niveau des challengeurs. Si AIG n’est plus le sponsor maillot de Manchester United, Aon a pris le relais, pour un mo,ntant comparable : 20 millions d’euros environ. 

Il s’agit d’un phénomène de polarisation qui tend à se tourner vers les valeurs sûres en période d’incertitude économique. La Premier League anglaise par exemple reste devant en termes de chiffre d’affaites et un joueur comme Roger Fédérer conserve les mêmes contrats publicitaires.

Après l’annonce de François Hollande, quel avenir pour les relations entre joueurs et propriétaires?

Les joueurs veulent toujours prendre part au développement de l’économie de leur sport, se considérant comme étant logiquement à l’origine de l’industrie. Les propriétaires en face en acceptent le principe d’une répartition des richesse mais veulent une juste rémunération de leur prise de risque. La tension, comme elle a pu être ressentie durant le «lock-out» en NBA, existe quand les propriétaires ont des revenus dont ils ne sont plus certains qu’ils seront à la hausse dans l’année qui suit. 

Une imposition à hauteur de 75% proposée par le candidat socialiste nuirait à cette relation car les clubs devraient soit augmenter considérablement leur masse salariale pour conserver leurs joueurs sous contrats pluriannuels, sans avoir aucune sécurité que leurs revenus suivront. Soit accepter de laisser partir les joueurs à gros salaires (souvent les meilleurs) vers d’autres pays, au risque de perdre en compétitivité Cette imposition aura donc un impact à la hausse des dépenses ou à la baisse des performances. Toutefois, on peut imaginer par exemple que les nouveaux stades déclencheront une dynamique populaire synonyme de rentreé d’argent.