Pacte Spinoza: Le bien-être des Français en débat

INTIATIVE A l’occasion de la campagne présidentielle, le club de réflexion «la Fabrique Spinoza» demande aux candidats de s'engager à créer de nouveaux indicateurs du bien-être citoyen en France...

Claire Planchard

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La Fabrique Spinoza demandent aux candidats à la présentielle de s'engager à créer de nouveaux indicateurs du bien-être des citoyens.
La Fabrique Spinoza demandent aux candidats à la présentielle de s'engager à créer de nouveaux indicateurs du bien-être des citoyens. — © Alexandre GELEBART/20 minutes

 «Entre 1973 et 2008, le PIB a progressé de 113% en France, mais le sentiment de satisfaction des Français quant à leur vie, lui, est resté inchangé à 6,2/10», explique Alexandre Jost, le président et fondateur du club de réflexion «la Fabrique Spinoza». En bref, «à lui seul, l’indicateur du PIB ne suffit plus ni à mesurer ce qui compte vraiment pour les citoyens, ni à guider les politiques publiques», remarque-t-il.

Insuffler un vent d’optimisme fédérateur dans la campagne

Inégalités, qualité de l’environnement, accès au logement, stress au travail, partage entre vie professionnelle et personnelle… : voilà autant de critères, objectifs ou ressentis, qui entrent en ligne de compte dans l’évaluation et l’amélioration du niveau de «bonheur» d’une population. Une banalité, sans doute, mais qu’il n’est pas inutile de rappeler en période de crise économique et de campagne électorale!

«Aujourd’hui, tous les candidats à la présidentielle ont des buts «en creux», des projets défensifs: ‘ne pas perdre le triple A’, ‘limiter le déficit budgétaire’, ‘éviter la récession’, mais il faut aussi fédérer les Français, donner un cap, et un indicateur du bien-être peut y contribuer», confie Alexandre Jost. 

Relancer les travaux de la commission Stiglitz

Fort de ces constats, le collectif né en janvier 2011, entend donc profiter du débat présidentiel pour relancer le projet mort né de la «Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social» présidée par le Nobel d’économie Joseph E. Stiglitz.

«A l’époque, en 2008, la France était très en pointe sur le sujet, mais c’est retombé comme un soufflé: le rapport n’a pas abouti à la création d’un indicateur et aujourd’hui, beaucoup de nos voisins européens sont plus avancés que nous», note Charles Sellen, directeur des relations institutionnelles de la Fabrique Spinoza. 

Eva Joly, première signataire d’un pacte aux ambitions «multi-partisanes»

Le think-tank enverra donc vendredi à tous les candidats à l’élection présidentielle son «Pacte Spinoza» pour leur demander de prendre deux engagements: construire de nouveaux indicateurs du bien-être des citoyens en associant la société civile dans les deux années qui suivront leur élection et en faire une utilisation concrète dans la conduite de leurs politiques publiques. 

Eva Joly, la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts, l’a déjà signé. Mais pour ce groupe de réflexion qui se revendique «multi-partisan», ce n’est qu’un début. «Cet indicateur est comme un tableau de bord ou une boussole: il fera écho, dans chaque parti, à une pensée, chacun pourra mettre l’accent sur ce qui est important pour lui. Pour certains plus à droite, l’accent sera mis sur la sécurité ou la croissance, à gauche cela pourra être sur la jeunesse, chez les Verts sur la croissance durable», explique Alexandre Jost. 

Un risque de récupération électorale assumé

Aux responsables politiques qui voudraient botter en touche au nom de la rigueur budgétaire, il rétorque que «ce n’est pas contradictoire»: «Améliorer le bien-être ne nécessiterait pas forcément de vastes politiques publiques coûteuses pour renforcer l’Etat providence, ça peut passer par des mesures locales, notamment dans les entreprises pour améliorer la vie des salariés», décrypte-t-il.

Quant aux risques de récupération démagogique, la Fabrique Spinoza se veut optimiste: «Même si le pacte est utilisé comme une jolie perle électorale, cela fera forcément avancer les choses», estime  Alexandre Jost.  En matière de développement durable, quand les entreprises qui ont voulu faire du «green washing» (des effets d’annonce, ndlr) se sont retrouvées au pied du mur, elles se sont mises en conformité avec leurs engagements. On peut imaginer la même chose avec ce Pacte», souligne Alexandre Jost.