Travail: Nicolas Sarkozy a-t-il enfin trouvé le mode d'emploi?

CHOMAGE Mercredi soir, le candidat de l'UMP a décliné ses propositions chocs: refonte de la prime pour l'emploi, sept heures de travail obligatoire pour les titulaires du RSA...

Mathieu Bruckmüller

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Nicolas Sarkozy lors du journal télévisé de France 2, le 22 février 2012.
Nicolas Sarkozy lors du journal télévisé de France 2, le 22 février 2012. — FRANCE 2 / AFP

Nicolas Sarkozy distille son programme au compte-goutte. Mercredi soir, sur le plateau du 20h de France 2, il a avancé deux propositions sur l’emploi. Sont-elles crédibles? 20 Minutes fait le point.

Réformer la prime pour l’emploi (PPE)

Pour le Président-candidat, elle ne marche pas. Ce crédit d’impôt est octroyé aux foyers fiscaux dont au moins un des membres exerce une activité professionnelle et dont le revenu ne dépasse pas 16.251 euros pour une personne et 32.498 euros pour les couples. Aujourd’hui 6,7 millions de personnes touchent en moyenne 450 euros par an. Mise en place par Lionel Jospin en 2001, elle avait pour but d’inciter les chômeurs à reprendre une activité. Seul hic, elle est versée très tardivement, plusieurs mois après sa déclaration de revenus. «Les salariés paient des cotisations sociales et ensuite ils reçoivent un chèque un an après. C’est un peu compliqué», décrypte l’économiste Guillaume Allègre. Nicolas Sarkozy souhaite que le gain de pouvoir d’achat soit visible directement sur la fiche de paye. Il propose donc de jeter la PPE aux oubliettes et de la remplacer par un allègement de charges sur les bas salaires de 1 à 1,2 SMIC, soit entre 1.100 et 1.300 euros nets par mois. Coût de la mesure: 4 milliards d’euros financés par les 2,8 milliards jusqu’ici affectés au financement de la PPE et par 1,2 milliards provenant d’une hausse de la fiscalité sur les dividendes.

Nicolas Sarkozy estime ainsi que 7 millions de personnes pourraient voir leur revenu augmenter d’un peu moins de 1.000 euros par an. Difficile à croire car cela voudrait dire que la mesure coûterait 7 milliards d’euros, or elle est budgétée à 4 milliards. Résultat des courses, la hausse de salaire risque d’être plus proche des 570 euros par an.

Faire travailler les bénéficiaires du RSA

Les 1,8 millions d’allocataires devraient effectuer sept heures de travail d’intérêt général rémunérées au niveau du SMIC. Nicolas Sarkozy souhaite généraliser à grande échelle cette mesure qui fonctionne déjà dans 11 départements. Pour le candidat, le RSA, qui coûte 10 milliards d’euros par an, a fait ses preuves en matière de lutte contre la pauvreté mais pas concernant la réinsertion sur le marché du travail. Pourtant, selon Guillaume Allègre, une grande majorité des titulaires du RSA veulent travailler. Il s’inquiète du risque de stigmatisation et d’imposer une obligation unique à une population très hétérogène avec des besoins très différents.

«L’idée est-elle de les aider ou de les faire travailler pour les prestations qu’ils touchent? Et surtout quel type d’emploi va-t-on leur proposer?», s’interroge Guillaume Allègre. Sans compter le casse-tête administratif qui s’annonce. Comment proposer du jour au lendemain 1,8 million d’emplois pour sept heures par semaine?