Avec ce nouveau plan d'aide, la Grèce est-elle sauvée?

ECONOMIE Après la nouvelle aide de 237 milliards d’euros décidée ce mardi...

Mathieu Bruckmüller

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La Grèce, entre impératifs financiers, pression de l'UE et protestations de sa population 
La Grèce, entre impératifs financiers, pression de l'UE et protestations de sa population  — Petros Giannakouris/AP/SIPA

Aux forceps. Après une interminable séance de négociations, un accord à 237 milliards d’euros est intervenu tôt matin pour sauver la Grèce de la faillite. Ce deuxième plan porte à plus de 350 milliards d’euros l’aide apportée à Athènes depuis le début de la crise il y a deux ans. Alors qui paie quoi et surtout quelles sont les chances de réussites de cette nouvelle opération de soutien? 20Minutes fait le point sur le dossier.

Qui va mettre la main à la poche?

Le premier volet du plan paraphé aujourd’hui prévoit tout d’abord une aide publique de 130 milliards d’euros essentiellement sous forme de prêts. Les pays de la zone euro seront les principaux contributeurs. Le FMI devrait lui aussi mettre la main à la poche, mais décidera du montant qu’il apportera seulement à la mi-mars. Dans tous les cas, il ne dépasserait pas les 13 milliards d’euros, contre 30 milliards alloués en mai 2010.

Le deuxième volet porte sur les créanciers privés, banques et fonds d'investissement, qui détiennent 210 milliards de dettes helléniques. Ils ont accepté une perte de 53,5% sur cette somme afin de la réduire à 107 milliards d’euros, du jamais vu.

Armée de cette double bouée de sauvetage, la Grèce sera donc en mesure de rembourser 14,5 milliards d’euros de créances le 20 mars, évitant ainsi un défaut de paiement.

D’ici à 2020, son ratio dette publique sur PIB pourra ainsi se stabiliser à 120,5%, contre 160% aujourd’hui. Sans l’accord décidé aujourd’hui, ce ratio aurait été de 160% en 2020, insoutenable pour les finances du pays.

En contrepartie, quels efforts doit fournir la Grèce?

La Grèce est plus que jamais sous étroite surveillance. Sa marge de manœuvre est aujourd’hui des plus limitées et pour obtenir une nouvelle aide internationale elle a dû s’engager sur des mesures draconiennes. Le plan d’austérité adopté par le Parlement, il y a une dizaine de jours et qui a entraîné de vivres protestations au sein de la population, prévoit entres autres une baisse de 22% du salaire minimum (740 euros actuellement), une baisse des retraites et la mise à la porte de 15.000 fonctionnaires.

Dans les années à venir, les contraintes qui pèseront sur la Grèce seront très importantes. La Troïka composée de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne et du FMI mettra en place un contrôle plus rigoureux des procédures budgétaires en Grèce et du plan de privatisation. Ce dernier n’a rapporté que 1,3 milliards d’euros l’an dernier contre 5 milliards d’euros escomptés. La Commission va dépêcher des dizaines d’inspecteurs permanents à Athènes pour s’assurer que tout se déroule dans l’ordre.

Ce plan va-t-il réussir?

Pour le moment, c’est certain, la Grèce ne fera pas défaut. A écouter le patron de l’Eurogroupe, il y a toutes les raisons d’être optimiste. «Nous sommes parvenus à un accord d'ampleur sur un nouveau programme pour la Grèce et sur une participation du secteur privé qui conduira à une réduction significative de la dette grecque (...) afin d'assurer le futur de la Grèce au sein de la zone euro», se félicite  Jean-Claude Juncker.

Pourtant, les prochaines semaines seront cruciales. «Jusqu'à présent, les citoyens grecs souhaitent rester dans la zone Euro mais est-ce que la cure d'austérité supplémentaire les fera rester sur cette idée ou est il envisageable qu'ils changent d'avis? On observera donc avec attention la mise en place du plan d'austérité et aussi la campagne électorale qui va démarrer dans le cadre des élections du mois d'avril», analyse Philippe Waechter, directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.