Borloo/Véolia: «Les grandes manoeuvres pilotées par l'Elysée, c'est du vécu»

GOUVERNANCE Face aux rumeurs autour d'une possible éviction du PDG Antoine Frérot, au profit de l'ex-ministre Jean-Louis Borloo, salariés et représentants syndicaux ne cachent pas leur amertume...

Claire Planchard, avec Vincent Vantighem
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Antoine Frérot, PDG de Veolia, le 4 mars 2011 à Paris.
Antoine Frérot, PDG de Veolia, le 4 mars 2011 à Paris. — MEIGNEUX/SIPA

Lundi, au siège de Veolia Environnement, avenue Kleber à Paris, c’était le «sujet de discussion à la machine à café», raconte une salariée. «Les soucis d’Antoine Frérot ne sont pas une grande surprise. Mais l’annonce de l’arrivée possible de Jean-Louis Borloo à la tête de l’entreprise n’est pas très bien vécue. Le groupe souffre en ce moment. Les gens ne veulent pas qu’on ajoute de l’instabilité avec une arrivée politique», confie-t-elle.

«Ça ne changera rien sur le terrain»

A Nantes (Loire-Atlantique), le sujet ne mobilisait pas les conversations lundi mais laissait dubitatif: «On en a discuté 30 secondes au déjeuner, mais si je ne me trompe pas, Jean-Louis Borloo était avocat d’affaires, et je ne vois pas bien quelle crédibilité il aurait pour diriger le groupe si ce n’est son expertise dans l’environnement en tant que ministre. Pour la gestion, on attend plutôt un profil de financier», explique une salariée. 

Depuis son poste dans la division régionale Ouest de la branche «eau» de Veolia, cette employée observe ces manœuvres parisiennes avec philosophie: «Ce qui est une certitude, c’est que ça ne va pas changer notre cœur de métier ni améliorer les choses. Sur le terrain, on ne sent pas vraiment les conséquences directe d’un changement de direction du groupe. Quoi qu’il arrive on nous demandera toujours de faire plus avec moins de moyens humains», remarque-t-elle.

«Ça ne fait que rajouter de l’inquiétude»

Pour les salariés de la branche transports, en revanche, ces rumeurs tombent à un moment pour le moins symbolique: en plein déménagement de leurs locaux dans le cadre de la fusion avec Transdev. «Aujourd’hui, les salariés sont plus préoccupés par leur avenir avec la sortie du capital de Veolia environnement, note Thierry Vacavant, chef de projets au sein de la direction des appels d’offre de Veolia Transdev et représentant Unsa. «Mais même si ce changement ne changera pas grand-chose à notre sort, cela va rajouter de l’inquiétude», ajoute-t-il.

Les salariés n’aiment pas l’incertitude, et «ce changement de direction risque de mettre en cause les négociations en cours», confirme Daniel Ristori, secrétaire à l’Union nationale CGT Veolia Eau. Pour ce syndicaliste, ce bouleversement à la tête de l’entreprise ajoute aussi une instabilité dangereuse dans un contexte économique difficile pour le groupe: «On savait que Veolia afficherait des pertes depuis la fin de l’année dernière. Aujourd’hui le, défi est de savoir comment Veolia va résorber sa dette sans perdre ses contrats», explique-t-il.

«On a l’habitude de voir passer d’anciens ou de futurs ministres»

Quand on aborde le sujet d’un possible piston de l’Elysée encouragé par l’ancien PDG Henri Proglio, le ton change et les langues se délient. «Ça me dégoûte. Pour moi, c'est Proglio qui a raté son coup avec ses acquisitions à tout va et ça me fait bien rigoler de le voir demander la tête de son prédécesseur pour assumer ses propres erreurs. Mon interprétation est qu'un certain petit cercle de pouvoir est en train de placer ses pions a des postes stratégiques avant l'élection, et ça, ça m’écœure!» s’emporte un employé de Veolia Eau employé en Amérique du Nord.

D’autres salariés plus anciens sont plus fatalistes: «Les grandes manœuvres pilotées par l’Elysée dans les grands groupes, c’est du vécu et du connu depuis cinq ans!» plaisante Thierry Vacavant.

«Dans un secteur comme le nôtre avec beaucoup d’appels d’offres municipaux, on a l’habitude de voir passer d’anciens ou de futurs ministres», philosophe également Dominique Fuzelier, ancien membre du comité de groupe de Veolia. «Vue la crise, les actionnaires sont assez hargneux, donc le départ de Frérot me paraît crédible, poursuit-il. En revanche, la nomination de Jean-Louis Borloo, ça me semble un peu top gros!»