Des mégaphones, ça, oui, il en vend. Depuis deux ans, avec toutes ces manifestations, c'est même l'un des produits qu'il vend le mieux, Nicolaou Thanos.

Dans sa boutique, «les gens continuent d'acheter, mais seulement les prix d'entrée de gamme. Les accessoires comme les clés USB se vendent bien, mais plus les autoradios et autres articles désormais considérés comme luxueux.» Un régime sans fantaisie que s'applique à lui-même ce père de cinq enfants. «Tout mon argent va dans la nourriture. Pour ce qui est des vêtements, on fait le minimum.»

Des baisses de salaire de 40 %

Theodora faisait de la danse l'année dernière encore, mais elle a dû interrompre ses cours, faute de moyens. En guise de sorties, cette étudiante timide de 19 ans regarde des films téléchargés avec des amis.

Son père est chauffeur de taxi, sa récente licence achetée en bonne et due forme a plombé son activité, tout comme la crise. «Les gens prennent le bus, ils n'ont plus assez d'argent pour le taxi», ajoute la jeune femme. C'est désormais sa mère, productrice d'huile d'olives, qui assume les charges.C'est que la solidarité familiale, en Grèce, est une institution.

Thomais Vekiou en sait quelque chose. Sa mère ne touche pas de pension de retraite alors, la travailleuse sociale de 41 ans lui verse une partie de ses 700 € de salaire tous les mois. Une rémunération en baisse de 40 % depuis l'année dernière, jure-t-elle. Elle participe aux manifestations dès qu'elle le peut. Celle de mardi la concernait tout particulièrement : l'Etat va fermer l'organisation d'aide aux ouvriers où elle est employée. D'ici à six mois, elle devrait être au chômage.

Bien loin de se douter de ce qui se passe au même moment devant le ministère du Travail, Giota Tsatsaki fume une cigarette avant de reprendre son service à l'hôtel. Elle a sorti sa calculette depuis le vote du nouveau plan d'austérité : le mois prochain, peut-être le suivant, elle va perdre 200 € par mois, sur un salaire de base de 690 €. Elle fait partie de ces salariés du privé, ceux du bas de l'échelle, accablés par le dernier plan d'austérité. Désemparée, elle écrase son mégot et retourne travailler.

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