Total: «Nous faisons le maximum pour empêcher les prix des carburants de continuer à monter»

ENTRETIEN Le patron du groupe Total estime que la possibilité de voir le litre d'essence passer la barre des deux euros le litre n'est pas d'actualité...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

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Christophe de Margerie, le PDG de Total, le 10 février 2012.
Christophe de Margerie, le PDG de Total, le 10 février 2012. — E. PIERMONT / AFP

Christophe de Margerie avait le sourire ce vendredi matin. Celui qui est à la tête de Total depuis bientôt cinq ans, a dévoilé  pour 2011 un bénéfice net de 12,3 milliards d’euros. «Des résultats pas mauvais», en hausse de 11% par rapport à 2010, poussés par la flambée des prix du brut, mais en-deçà des 13,9 milliards d’euros, un record, engrangés en 2008. Dans un entretien accordé à 20 Minutes, Christophe de Margerie revient sur l’exercice écoulé et fait le point sur l’évolution des prix des carburants.

Craignez-vous une nouvelle polémique sur vos «méga-profits»?

Franchement, j’espère que non. Nos profits ont augmenté de 11%, mais dans le même temps, nos investissements ont augmenté de 37% à 16 milliards d’euros, un record historique. C’est l’effort qu’on fait pour plus de recherche, plus d’énergies renouvelables, plus d’environnement, plus de sécurité, et puis surtout plus d’accès à de nouvelles réserves qui vont contribuer à la fourniture d’énergie pour nos clients demain. Nous nous donnons les moyens de pouvoir continuer cette politique lourde en matière d’investissement et de responsabilité sociétale et environnementale.

Les prix des carburants sont au plus haut. Les automobilistes doivent-ils craindre prochainement qu’ils passent la barre des deux euros?

Les prix de l’énergie sur le long terme ne pourront qu’augmenter. Aujourd’hui, nous sommes bien en-dessous des deux euros. Le super 95 est autour de 1,60 euro, ce qui est très élevé, notamment en raison de l’évolution de l’euro-dollar. Nous achetons notre pétrole en dollars et nous le payons en euros. Quand l’euro baisse, le prix monte. Le gazole est autour des 1,40 euro le litre, ce qui est aussi très élevé. Qu’est ce qu’il faut faire? Il faut lancer de nouveaux concepts, comme celui de Total Access (des stations-services à bas prix ndlr), s’ouvrir davantage à la concurrence, limiter les coûts au maximum pour éviter d’avoir à les répercuter. Ce qui est important pour nous c’est d’empêcher les prix de continuer à monter.

Deux euros le litre dans les prochains mois ce n’est donc pas d’actualité?

Pour que cela arrive, il faudrait que l’euro s’écroule, que la géopolitique s’exacerbe dans le monde, que le temps se maintienne froid. Je ne vois pas cela. Il ne faut pas pousser les gens à avoir peur. Le deux euros arrivera, peut-être, un jour. Il n’est pas d’actualité aujourd’hui. L’important pour le moment c’est d’éviter que les prix ne continuent à augmenter et contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, nous faisons le maximum pour cela, ce sont nos clients qui sont en face. Nous avons 20% de ce marché, mais non pas 100% non plus. Il faut aussi aller demander aux autres.

Face à la progression des prix des carburants, François Hollande a évoqué un blocage des prix et la réinstauration de la TIPP flottante. Une bonne solution?

Je n’ai pas très bien compris, honnêtement, le message puisqu’on a parlé de blocage des prix, mais ensuite de TIPP flottante. Si on bloque les prix, c’est grâce à la réduction des taxes. C’est à l’Etat de décider. Je n’ai pas de problème.

Certains riches inquiets à l’idée de voir François Hollande devenir le prochain Président de la République songent à l’exil s’il est élu. Est-ce que la perspective de voir le candidat socialiste à la tête de la France vous fait peur?

Entre ceux qui veulent fuir et ceux qui se précipitent pour le voir, moi je reste dans la neutralité d’un patron d’entreprise qui fera avec celui qui est élu comme on l’a toujours fait. Je ne suis pas plus inquiet que d’autres choses. La France est très importante pour Total. Nous y avons notre siège social. Nous sommes dans 130 pays et si je devais m’inquiéter des élections politiques dans chacun de ces pays, je passerais une vie difficile. Ce qui est d’ailleurs le cas, de temps en temps, mais pas particulièrement en France.