A quand un congé de paternité équivalent au congé de maternité?

TRAVAIL La mesure favoriserait l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes...

M.B.

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Un bébé et un biberon.
Un bébé et un biberon. — PULSE/SIPA

Le constat a maintes fois été dressé. Pourtant, la réalité crue des chiffres montre qu’il reste beaucoup à faire pour l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Deux exemples frappants: l’écart salarial entre les deux sexes varie de 19% à 27% selon les études et moins de 20% des cadres dirigeants sont des femmes.

Pour faire sauter ce «plafond de verre», les hommes doivent jouer «un rôle de premier plan» en s’impliquant notamment davantage dans les tâches familiales, souligne un tout nouveau rapport de l’Observatoire de la parentalité remis jeudi à la secrétaire d’Etat à la Famille. D’où l’idée de bonifier le congé de paternité pour permettre aux femmes d’avoir une capacité égale à s’investir dans la sphère professionnelle. 

Les salariés des grandes entreprises favorisés

Aujourd’hui, le congé de paternité donne droit à 11 jours pour un enfant et 18 jours pour une naissance multiple. Il s'ajoute aux 3 jours d'absence autorisée accordés par l'employeur pour une naissance. Dans les faits, de plus en plus de pères, surtout dans les grandes entreprises, profitent de ce congé.

Rien d’étonnant. Celles-ci ont les reins plus solides pour prendre à leur compte une indemnisation complémentaire à celle de la Sécurité Sociale et ainsi maintenir le salaire de l’employé. Tout comme le congé maternité, dont la durée est d’au moins 16 semaines, le montant maximum de l'indemnité journalière versée par la Sécu tourne autour de 80 euros.

Ainsi, chez AXA France, 76% des pères concernés par une naissance ont pris un congé de paternité en 2010, contre 66% en 2009. Chez Areva, ce chiffre grimpe à 97% des pères et 100% chez Ferrero.

Certains «petits» employeurs ne sont pas en reste. L’Observatoire de la parentalité relève que l’Union nationale des associations familiales (UNAF), qui compte 65 salariés, accorde non seulement 3 jours de congé de paternité supplémentaire par rapport à ce que prévoit la législation, mais également maintient intégralement le salaire du père durant ce congé.

Bonifier le congé de paternité

Mais selon le rapport, il faut encore aller plus loin: «Le congé de paternité a apporté un «plus» aux hommes, mais a aussi permis de commencer à corriger un facteur de discrimination qui pénalisait les femmes. Si le congé de paternité se diffuse plus largement et voit sa durée allongée, les hommes et les femmes seront progressivement logés à la même enseigne. A terme, tout candidat au recrutement dans une entreprise qui sera en âge de procréer, homme ou femme, sera regardé comme susceptible un jour ou l’autre d’interrompre son activité professionnelle, de façon rémunérée, pour s’occuper d’un nouveau-né.»

L’alignement progressif de la durée du congé de paternité sur celui de maternité n’est plus un sujet tabou. Déjà la CFDT-Cadres propose d’étendre le premier à deux mois. Une bonne idée? «Passer trop rapidement d’un congé de paternité de quatorze jours – les trois jours de congé de naissance et les onze jours de congé de paternité à proprement parler – à un congé de deux mois pourrait engendrer des difficultés de mise en oeuvre du côté des employeurs», avertit le rapport. Problèmes d’organisation, de financement, le risque est réel de voir les entreprises freiner des quatre fers à l’idée d’appliquer cette réforme.

Protection anti-licenciement

Le rapport plaide bien pour un allongement du congé de paternité, mais à un mois au cours des 5 années à venir «avec une généralisation de l’indemnisation totale ou partielle de la perte de salaire, pour lever le frein financier qui empêche encore aujourd’hui beaucoup de jeunes pères de prendre leur congé de paternité». Ce congé bonifié serait doublé d’une protection anti-licenciement, comme celui qui est en vigueur pour les femmes enceintes, afin de protéger le père pendant les trois mois qui suivent la naissance du nouveau-né pour lui permettre de «vivre l’évènement avec davantage de sérénité».

 «Si l’on pousse la logique jusqu’au bout, il faudrait ériger le principe d’action suivant: dans le monde professionnel, dès qu’il y a une mesure qui favorise les femmes, une mesure similaire doit exister pour les hommes», pousse le rapport.

 La balle est désormais dans le camp du gouvernement.