Les entreprises, prochaines victimes du froid?

ACTIVITE La vague de froid qui touche la France pourrait coûter cher aux entreprises si la neige s'installe dans tout le territoire...

Claire Planchard

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La neige est tombée par endroit dans les Bouches-du-Rhône, ici dans la zone commerciale de Plan de Campagne près de Marseille le 2 février 2012.
La neige est tombée par endroit dans les Bouches-du-Rhône, ici dans la zone commerciale de Plan de Campagne près de Marseille le 2 février 2012. — VILLALONGA KARINE/SIPA

Vous l’avez sans doute oublié mais les commerçants de Marseille eux s’en souviendront longtemps: les chutes de neige du 7 janvier 2010 avaient provoqué une chute de 90% des ventes: «personne ne venait dans les magasins», se souvient Cédric Flecher, responsable des études au sein de la société Metnext, spécialiste en gestion opérationnelle des risques météo-climatiques.

Jusqu’à maintenant, la vague de froid n’a qu’un impact limité sur l’activité économique. Côté positif, les magasins de prêt-à-porter peuvent enfin espérer écouler leurs stocks de pullovers et doudounes après plusieurs semaines de soldes plombées par un début d’hiver anormalement doux.

Fabricants de potages, de cafés solubles et autres produits alimentaires  «caloriques » peuvent aussi se frotter les mains à l’inverse des producteurs de bières et de sodas ou des agriculteurs qui sont bien en peine pour sortir leurs légumes des sols gelés, souligne-t-on au cabinet Metnext.

Réaction en chaîne

«Tant qu’on est sur une problématique de température, il est assez facile de trouver des bénéficiaires mais si la neige s’installe dans le Nord de la France, tout le monde aura des difficultés», souligne Jean-Louis Bertrand, professeur de finances à l’Essca d’Angers, auteur de «Le gestion du risque météo en entreprise» (Revue Banque, 2011) .

L’engrenage est bien connu: à l’explosion de la facture énergétique pour chauffer les locaux ou maintenir la température dans les entrepôts, viennent alors s’ajouter des difficultés d’acheminement des marchandises dans les usines et sur les points de vente, l’absentéisme des salariés bloqués chez eux et la disparition des clients qui désertent les magasins dans les villes et les centres commerciaux…

«70% des secteurs sont météo-sensibles à divers degrés: chaque année, cela représente un montant de 400 milliards d’euros, soit un quart du PIB qui peut être potentiellement détruit en cas d’anomalie climatique», souligne Jean-Louis Bertrand.

Une capacité d’anticipation très limitée

Mais si on est capable de chiffrer le coût d’un hiver anormalement rigoureux, on est toujours incapable de les prévoir: «On se baignait à Nice à la semaine dernière et aujourd’hui on a du mal à circuler à cause de la neige » résume le co-fondateur de Meteoprotect. «Au-delà de trois semaines, la fiabilité des prévisions de MétéoFrance est inférieure à 50%. Et les entreprises qui peuvent changer leur business plan à trois semaines, il n’y en a pas beaucoup» , explique-t-il.

Dans le textile, par exemple, la délocalisation de la production en Asie rend impossible une réactivité supérieure à un mois: «si elles veulent mettre des bonnets dans leurs magasins de Paris la semaine prochaine, ce n’est pas possible», résume Cédric Flécher de Metnext.

«Dans la grande distribution cela peut être plus facile de modifier l’offre des produits de grande consommation, mais le problème se trouvera en amont chez les fournisseurs: certaines entreprises peuvent tenter de créer des stocks tampons mais cela a un coût car les capacités de production sont limitées», souligne Jean-Louis Bertrand. «Dans ce contexte, il n’y a pas de capacité d’anticipation autre que de se couvrir contre le risque climatique» estime-t-il.

Des nouvelles solutions d’assurances

C’est pour cette raison qu’il a décidé de créer MeteoProtect, la première solution d’assurance contre le risque météo en France, à l’image de celles existants aux Etats-Unis dans le domaine agricole: «Beaucoup d’entreprises qui vivaient jusque-là ces anomalies climatiques comme une fatalité veulent aujourd’hui s’assurer pour obtenir une compensation financière» note-t-il.  Un besoin de sécurité encore aujourd’hui  renforcé par des situations de trésorerie tendue et un accès au crédit plus difficile…