Pourquoi Deutsche Börse peut se passer de la fusion avec NYSE Euronext

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Un veto de la Commission européenne à la fusion entre NYSE Euronext et Deutsche Börse est de plus en plus probable, un revers dont l'opérateur boursier allemand devrait pouvoir s'accommoder grâce à un modèle d'activité solide, selon les spécialistes du secteur.
Un veto de la Commission européenne à la fusion entre NYSE Euronext et Deutsche Börse est de plus en plus probable, un revers dont l'opérateur boursier allemand devrait pouvoir s'accommoder grâce à un modèle d'activité solide, selon les spécialistes du secteur. — Daniel Roland afp.com

Un veto de la Commission européenne à la fusion entre NYSE Euronext et Deutsche Börse est de plus en plus probable, un revers dont l'opérateur boursier allemand devrait pouvoir s'accommoder grâce à un modèle d'activité solide, selon les spécialistes du secteur.

Pour la presse comme pour les analystes, le NON! de Bruxelles, gendarme de la concurrence en Europe, ne fait pratiquement plus de doute, en raison de ses craintes sur une situation de monopole du nouvel ensemble, notamment dans le marché des dérivés en Europe.

Le verdict est attendu mercredi.

Paradoxalement les investisseurs n'ont pas l'air mécontents de cet échec annoncé. L'action Deutsche Börse a même nettement progressé ces derniers jours.

Quant à son patron, Reto Francioni, qui recevait mardi soir la presse et les analystes, il a préféré parler "croissance organique" et assuré que son groupe abordait 2012 "avec optimisme", fusion ou pas avec l'Américain.

"Les actionnaires de NYSE Euronext auraient davantage profité de la fusion" selon l'analyste Martin Peter de la banque régionale allemande LBBW, "car le groupe Deutsche Börse est beaucoup mieux positionné que les Américains".

Le groupe allemand repose en effet sur trois piliers couvrant tout le cycle des échanges financiers: le marché d'actions avec sa plateforme d'échanges électroniques Xetra, le marché des dérivés avec sa plateforme Eurex, et les activités post-marché de règlement et de compensation assurées par sa filiale luxembourgeoise Clearstream.

"Alors que chez NYSE Euronext le marché d'actions, un segment très concurrentiel où les marges sont souvent faibles, représente 50% du chiffre d'affaires, chez Deutsche Börse il ne joue qu'un rôle mineur", observe Martin Peter de LBBW.

Sur les neuf premiers mois de 2011 comme sur l'ensemble de l'année 2010, Xetra a représenté à peine 12% du chiffre d'affaires du groupe allemand. Deutsche Börse est donc relativement peu exposé à la concurrence des Bourses alternatives comme BATS et Chi-X, qui ont uni leurs plateformes d'échanges d'actions en Europe l'an dernier, même si l'opérateur serait "en danger" si les Bourses alternatives pénétraient un jour le marché des dérivés, note Philipp Hässler d'Equinet.

Grâce à Clearstream et à Eurex Clearing, Deutsche Börse est aussi bien placé pour profiter de la croissance des activités post-marché. Celles-ci assurent une fonction centrale pour les marchés réglementés mais aussi pour les marchés de gré à gré (OTC), plus opaques, car elles offrent la sécurité des opérations entre vendeurs et acheteurs.

Deutsche Börse peut ainsi profiter indirectement de la masse des échanges non réglementés qui lui échappent sur d'autres segments. Par exemple, sur le marché global des dérivé "80 à 85% des transactions ont lieu hors Bourse", rappelle Martin Peter.

L'opérateur de la Bourse de Londres, le LSE, cherche d'ailleurs à imiter la stratégie de Deutsche Börse en s'efforçant actuellement de s'emparer de l'autre grande chambre de compensation en Europe, LCH.Clearnet.

Certes, "avec NYSE Euronext, Deutsche Börse aurait formé la première Bourse du monde et aurait ainsi pu dégager d'importantes synergies de coûts, elle serait devenue plus rentable et plus importante dans le futur paysage boursier", estime Philipp Hässler d'Equinet.

Mais la consolidation globale du secteur ne s'est pas encore vérifiée dans les faits: l'an dernier l'alliance des Bourses de Londres et de Toronto a échoué, et l'Australie a rejeté le projet de fusion entre les Bourses de Sydney et de Singapour.

Pour Christian Muschick de Silvia Quandt, les réserves de la Commission européenne sur la fusion entre Deutsche Börse et NYSE Euronext seraient d'ailleurs plutôt d'ordre politique, liées à "la peur de perdre le contrôle, la peur d'une domination des actionnaires américains".