François Hollande propose de doubler le plafond du livret A: Une bonne nouvelle?

PLACEMENT Il passerait de 15.300 euros à 30.600 euros...

Mathieu Bruckmüller

— 

François Hollande présente ses 60 propositions pour redresser la France, le 26 janvier à Paris.
François Hollande présente ses 60 propositions pour redresser la France, le 26 janvier à Paris. — CHESNOT/CHAMUSSY/SIPA

Le succès du livret A n’est pas près de se démentir si François Hollande devient le prochain président de la République. A l’occasion de la présentation de ces 60 engagements, jeudi, le candidat socialiste a réaffirmé son intention de multiplier par deux le plafond de ce produit d’épargne détenu par 60 millions de Français.

Euphorie autour du livret A

En 2011, celui-ci a réalisé la deuxième meilleure année de son histoire, collectant 17,38 milliards d'euros supplémentaires. Avec une rémunération attractive, de 2,25%, le livret A est le grand gagnant de la crise qui incite les épargnants à se tenir loin de l’agitation des marchés financiers.

Mécaniquement, son taux, calculé en fonction de l’inflation, aurait dû passer à 2,75% au 1er février. Le gouvernement en a décidé autrement. Mais en cas de victoire en mai prochain, François Hollande devrait revenir dessus puisqu’il a bien promis de l’indexer sur la hausse des prix.

Ce dernier veut le rendre encore plus alléchant pour bâtir 150.000 logements très sociaux de plus. En effet, les sommes collectées sur le livret A sont gérées, en grande partie, par la Caisse des dépôts qui les prête ensuite aux organismes HLM en charge de leur construction.

Louable, l’idée de l’ancien homme fort de la rue de Solferino suscite malgré tout certaines interrogations. D’abord, le doublement du plafond aurait en pratique une portée limitée puisque seuls 5 millions de livrets A atteignent déjà le seuil des 15.300 euros.

L’épargne longue délaissée

Ensuite, une telle politique tournerait «le dos au financement de l’économie par l’épargne longue au profit d’une épargne administrée courte», reproche Philippe Crevel, en charge du Cercle des Epargnants.

Or, la première, via notamment l’assurance-vie, dont les fonds sont placés en obligations d’Etat et d’entreprises, est sérieusement mise à mal depuis plusieurs mois. L’an dernier, elle a enregistré cinq mois de décollecte consécutifs. Du jamais vu. Face à l’incertitude de la situation économique, les épargnants recherchent plus que jamais de la liquidité avec des placements court-terme type livret A.

Doper l’attrait de ce dernier risque d’assécher les placements obligataires alors même que l’Etat est à la recherche de ressources longues pour financer ses déficits. «Il peut y avoir contradiction dans les intérêts», note Philippe Crevel qui s’attend déjà à ce qu’in fine François Hollande, s’il était élu, mette rapidement le holà à l’euphorie qui pourrait encore un peu plus entourer le livret A.

Autre risque de friction, une hausse trop importante du taux du livret A viendrait mécaniquement renchérir le coût du crédit pour le logement social. Ce dernier se finance au taux du livret A plus un point lié au frais de collecte. Le doublement du plafond du livret A serait-il le principe même de la fausse bonne idée?