2011, la sombre année de l'assurance-vie

ASSURANCE En période de crise, les épargnants cherchent de la liquidité ou investissent dans l'immobilier...

© 2012 AFP

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L'assurance-vie a connu en 2011 une année noire en France, marquée par des retraits supérieurs aux versements pendant cinq mois d'affilée, un phénomène inédit qui met en lumière la mauvaise passe de ce placement traditionnellement plébiscité par les Français
L'assurance-vie a connu en 2011 une année noire en France, marquée par des retraits supérieurs aux versements pendant cinq mois d'affilée, un phénomène inédit qui met en lumière la mauvaise passe de ce placement traditionnellement plébiscité par les Français — Joël Saget afp.com

L'assurance-vie a connu en 2011 une année noire en France, marquée par des retraits supérieurs aux versements pendant cinq mois d'affilée, un phénomène inédit qui met en lumière la mauvaise passe de ce placement traditionnellement plébiscité par les Français.

En décembre, la décollecte nette sur les contrats d'assurance-vie a atteint un record à 3,8 milliards d'euros, a annoncé jeudi la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA). Selon ses données, provisoires, il s'agit du cinquième mois consécutif où les Français ont davantage puisé dans leurs contrats d'assurance-vie qu'ils n'y ont contribué, du jamais vu.

Les épargnants fuient les placements à long terme

Encore limité au mois d'août, le phénomène s'est amplifié à mesure que l'année avançait. La collecte nette n'était plus passée dans le rouge depuis 2008, alors que la crise financière était à son paroxysme. Sur l'année, elle reste positive à 7,6 milliards d'euros, mais divisée par sept (-85%) par rapport à 2010.

Dans un contexte d'incertitudes sur la situation économique, entre craintes de récession et crise de la dette en zone euro, les épargnants fuient les placements de long terme. Ils recherchent de la liquidité, grâce à des placements de court-terme, ou préfèrent investir dans la pierre.

En conséquence, les prestations versées par les assureurs ont bondi de 25% sur un an en 2011. Elles recouvrent les contrats qui arrivent à échéance mais aussi les rachats partiels ou totaux, c'est-à-dire les sorties anticipées. Selon la FFSA, 48% des rachats effectués l'an denier étaient destinés à la consommation et 22% à l'immobilier.

L'augmentation des prestations tient aussi, de manière plus structurelle, au vieillissement de la population: avec l'arrivée de la génération du baby-boom à la retraite, l'assurance-vie est de plus en plus amenée à jouer son rôle, être consommée. Autre facteur explicatif: la course au «cash» que mènent les banques en raison de normes réglementaires qui favorisent les placements de court-terme, explique Meyer Azogui, président de la société de gestion en patrimoine Cyrus Conseil.

La saturation de l'assurance-vie n'est pas inquiétante

Les établissements proposent des taux très attractifs allant jusqu'à 6% sur des livrets ou des comptes à terme, ce qui concurrence l'assurance-vie. La baisse des rendements des fonds en euros (capital garanti) observée en 2011 a aussi un impact: si le rendement moyen reste supérieur à celui de la plupart des produits d'épargne classiques (Livret A, PEL, etc), il recule par rapport à 2010, passant de 3,4% à 3%.

Les fonds en unité de compte (capital non garanti), qui ont souffert de la volatilité des marchés financiers au deuxième semestre, incitent également peu aux nouveaux versements, estime Paul Younès, directeur général adjoint de l'Union Financière de France (UFF). Pourtant, ces décollectes successives n'inquiètent guère les spécialistes. «50% de l'épargne financière des ménages est aujourd'hui investie en assurance-vie, explique Azogui. Comme tout produit, l'assurance-vie a un cycle de vie et on arrive à une saturation, ce n'est pas inquiétant», affirme-t-il.

D'autant que sur l'année, les versements sont supérieurs aux retraits et que la décollecte ne représente qu'une part infime des encours totaux de l'assurance-vie (1.362 milliards d'euros en 2011). Comme Younès, il considère que la décollecte devrait se poursuivre en 2012, «à des niveaux équivalents car les raisons de la décollecte sont toujours là, notamment l'incertitude», à laquelle s'ajoute la perspective des élections qui freine traditionnellement l'investissement de long terme.

«D'ici deux ou trois ans, les rendements vont s'apprécier et l'assurance-vie reprendra ses droits, pronostique Younès. Quand il s'agit de préparer sa retraite, l'assurance-vie n'a pas de concurrent sérieux», rappelle-t-il.