En 2012, «le fait maison va gagner du terrain au détriment du prêt-à-manger»

DISTRIBUTION Alors que l'enseigne Système U a publié ce mardi ses résultats annuels, «20 Minutes» s'est entretenu avec son patron, Serge Papin, sur les défis de l'enseigne pour cette année...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

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Serge Papin, directeur de Système U
Serge Papin, directeur de Système U — JOEL SAGET / AFP

Un bon cru. En 2011, Système U a défié un contexte économique difficile en enregistrant une hausse de 5,6% de son chiffre d ‘affaires à 16,07 milliards d’euros, à peine en dessous de l’ambitieux objectif fixé à 6% par son président Serge Papin. Avec 9,3 points de part de marché, l’enseigne conforte ainsi sa quatrième place derrière Carrefour, Leclerc et Intermarché, et espère bien détrôner ce dernier dans les cinq années qui viennent.

Malgré une année qui s’annonce incertaine, Serge Papin anticipe une croissance de son activité de 8,4% en 2012 et ce en dépit d’un repli anticipé de 1% de la consommation et l’engagement de ne pas augmenter les prix. Pas étonnant dans ce contexte que Monsieur U soit opposé à la mise en place d’une TVA sociale qui entraînerait une hausse de la TVA. Le risque in fine, à ses yeux, est de casser le seul moteur de la croissance française: la consommation. 20 Minutes revient avec Serge Papin sur les défis de l’année 2012.

Comment se dessine 2012?

Nous allons continuer de croître en gagnant de nouveaux clients. Mais ils  cherchent plutôt à consommer mieux que consommer plus. Ils font très attention. Et cela se retrouvent dans les dépenses. Nous vendons de plus en plus de produits à notre marque, les produits U, qui sont 25 à 30% moins chers. Cependant, au final, nous anticipons une baisse de la consommation d’environ 1%.

Quels seront les produits prisés par les consommateurs?

Le fait maison sera le comportement vedette de l’année au détriment du prêt-à-manger. Les produits bruts que les gens prennent le temps de faire à la cuisine se vendent de mieux en mieux, comme les fruits et légumes de saison. Les gens s’aperçoivent que passer un peu de temps en cuisine revient beaucoup moins cher. Aujourd’hui, on peut trouver des portions très équilibrées pour moins de deux euros. Par exemple, les carottes sont à 70 centimes d’euro et les 200 grammes de porc reviennent à 1,20 euro. En revanche, les plats cuisinés, la biscuiterie auront plus de difficultés. Il en ira de même pour les produits techniques (électroménager, informatique, téléviseur…) et les vêtements. C’est sur ces produits que l’arbitrage se fait le plus.

Vous vous engagez à ne pas augmenter les prix. Par quels moyens?

Nous avons plusieurs leviers. D’une part, il y a les négociations avec les fournisseurs et d‘autre part, nous réalisons des gains de productivité sur les systèmes d’information, la logistique et la consolidation de nos entrepôts. Autant de gains que nous pourrons restituer aux consommateurs pour demeurer l’une des enseignes les plus compétitives, comme nous l’étions déjà en 2011.

Les producteurs de salade, par exemple, sont en guerre contre les prix de vente trop bas, qui mettent en péril leur existence. La stabilité des prix que vous annoncez ne se fera-t-elle pas justement au détriment des petits producteurs?

Nous n’avons pas du tout le même comportement lors des négociations quand nous négocions avec Coca Cola, Nestlé et Danone ou quand il s’agit des négocier avec agriculteurs et des PME. Ce n’est pas le même registre. Nous avons un engagement fort  sur ces derniers. Nous cherchons à faire à faire un commerce qui profite à tous. Nous voulons que l’agriculteur se porte bien, que la PME se porte bien et continue à embaucher car derrière ce sont nos clients. Mais nous voulons aussi que le consommateur s’y retrouve. Nous essayons de favoriser un équilibre général.