Pour le monde de la finance, Hollande verse dans la démagogie

ECONOMIE Dimanche, le candidat socialiste a estimé que la finance était son «principal adversaire»...

Mathieu Bruckmüller

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François Hollande au Bourget, pour son premier grand meeting de campagne, le 22 janvier 2012.
François Hollande au Bourget, pour son premier grand meeting de campagne, le 22 janvier 2012. — AP Photo / Fred Dufour, Pool

«Une déclaration de guerre». C’est peu dire que Marc Touati, directeur des études économiques de la compagnie financière Assya, n’a pas vraiment goûté la mise au pilori de la finance par François Hollande hier, à l’occasion de son premier discours de campagne au Bourget (Seine-Saint-Denis). Le candidat socialiste n’a pas mâché ses mots: «Mon véritable adversaire, c’est la finance».

Un catalogue de mesures

Pêle-mêle, il a promis, entre autres, s’il était élu, de faire voter une loi cassant les banques en deux pour séparer les activités de dépôt et celles d’investissement, souvent jugées plus spéculatives, d’empêcher les institutions financières d’être présentes dans les paradis fiscaux, de créer une taxe sur les transactions financières… Et ce ne pourrait être qu’un début. Il doit dévoiler l’ensemble de ces propositions en détails ce jeudi.

Mais déjà, les acteurs de la «finance» interrogés par 20Minutes.fr estiment tous en chœur que ces annonces chocs, difficilement applicables à leurs yeux, ont un bon relent démagogique alors que s’ouvre une échéance électorale très indécise.

«L’objectif pour François Hollande était de se positionner suffisamment à gauche pour ne pas être identifié au centre, tout allant mordre sur les terres de Jean-Luc Mélenchon. Il a cherché à toucher un public assez large», juge Philippe Waechter, directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.

Les banques, responsables de la crise

Pour faire mouche, rien de mieux que de pointer du doigt les banques, perçues, à tort ou à raison, comme les principales responsables de la crise.

«Il est intéressant de poser la question du rôle des banques et du degré de liberté dont elles peuvent disposer», estime Philippe Waechter. Un débat qui se pose dans un nombre croissant de pays. La Grande-Bretagne s’apprête d’ailleurs à sonner la fin du modèle universel des banques en séparant d’un côté les banques de marché et de l’autre les banques de dépôt pour éviter que ces dernières ne viennent éponger les excès des premières. Philippe Waechter prévient déjà qu’une telle réforme en France est loin d’être gagnée. «De quelle manière le discours du candidat Hollande engagera le Président Hollande?», s’interroge-t-il.

Marc Touati est lui farouchement opposé à un tel décloisonnement. Selon lui, en France, le modèle universel a évité la faillite de plusieurs établissements. En plus, les banques diminuent déjà leur exposition au risque en réduisant leurs activités de marché au profit de celles de dépôts. Il en veut pour preuve les centaines de suppressions d’emplois décidées dernièrement dans les banques de finance et d’investissement de BNP Paribas, de Socgen et du Crédit agricole.

Les marchés ne sont pas les fautifs

L’économiste s’en prend surtout à la démagogie de François Hollande qui laisse croire que la crise est seulement financière alors qu’elle est, pour lui, celle de l’endettement public. «Ce ne sont pas les marchés qui ont demandé à l’Etat français de s’endetter depuis plus de 30 ans sans stimuler la croissance», lâche-t-il. Réaction similaire à l’idée de taxer les transactions financières. Le risque, pointe Marc Touati, est de voir les investisseurs déserter la France amplifiant la stagnation économique.

«La France ne peut pas imposer un code de bonne conduite à la finance tant que les Etats-Unis qui en sont le socle ne le font pas», juge le responsable d’une salle de marchés d’une firme d’investissement à Paris. Pour ce dernier, François Hollande n’a cherché qu’à brosser les électeurs dans le sens du poil. D’ailleurs, ces propositions n’ont pas semblé inquiéter outre mesure l’ensemble de ses collègues. «Personne ne les as commentées ce matin. Elles sont inapplicables», tranche-t-il. Pour l’instant, «l’adversaire» de François Hollande reste de marbre.