Birmanie: les investisseurs à l'affût d'un pays en construction

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Les réformes politiques menées tambour battant par la Birmanie aiguisent l'appétit des investisseurs étrangers, attirés par un potentiel aussi riche que sous exploité, mais qui devront s'accomoder d'un environnement compliqué, marqué par des décennies de gestion militaire.
Les réformes politiques menées tambour battant par la Birmanie aiguisent l'appétit des investisseurs étrangers, attirés par un potentiel aussi riche que sous exploité, mais qui devront s'accomoder d'un environnement compliqué, marqué par des décennies de gestion militaire. — Soe Than Win afp.com

Les réformes politiques menées tambour battant par la Birmanie aiguisent l'appétit des investisseurs étrangers, attirés par un potentiel aussi riche que sous exploité, mais qui devront s'accomoder d'un environnement compliqué, marqué par des décennies de gestion militaire.

Au fur et à mesure que le gouvernement multiplie les réformes politiques, et que l'Occident évoque la levée progressive des sanctions économiques, le pays de 60 millions d'habitants s'ouvre à l'économie de marché.

Riche en hydrocarbures, en bois et en minerais, porté par un climat très favorable pour l'agriculture, la Birmanie affiche aussi un énorme potentiel touristique et va devoir s'équiper en infrastructures lourdes.

"Les chiffres explosent, on ne trouve plus une place dans les hôtels en haute saison", se félicite un homme d'affaires étranger dans le tourisme et l'immobilier.

Les autorités ont récemment donné aux hommes d'affaires bien en cours de Rangoun "une liste d’immeubles qu'ils cherchent a vendre", a-t-il expliqué. Et l'atmosphère est à la dérégulation. "Des licences qui prenaient des semaines à obtenir s’obtiennent dans la journée".

Seuls les groupes présents avant la mise en place des sanctions, à la fin des années 90, ont pu rester. C'est le cas du groupe Total. Lorsque les autres compagnies seront autorisées à les rejoindre, elles découvriront un pays accablé par un demi-siècle de gestion militaire.

Le parlement doit encore voter la première loi sur les investissements. Et les tribunaux n'ont ni compétence, ni indépendance.

Le système bancaire s'est à peine remis d'une violente crise en 2003. Et le taux de change au marché noir est près de cent fois plus intéressant que l'officiel.

L'économie parallèle s'est donc épanouie, notamment le commerce transfrontalier et l'émigration illégale de travailleurs, qui rapatrient leurs revenus comme ils peuvent.

"La législation est obsolète donc les gens travaillent par leurs propres moyens. Ils ne veulent pas être dans l'illégalité mais ils n'ont pas le choix", explique Toe Naing Mann, fils du puissant président de la chambre basse, l'ex-général Shwe Mann, qui a délaissé les affaires pour aider son père.

"Le nouveau gouvernement essaye de s'ouvrir et de réduire les restrictions, les contrôles, les coûts des transactions, pour créer un environnement favorable", explique de son côté le chercheur Winston Set Aung, co-fondateur de l'Asia Development Research Institute de Rangoun.

Mais "les investisseurs étrangers pourraient bien avoir besoin de comprendre comment fonctionne l'économie informelle avant qu'elle n'intègre l'économie formelle".

Pour les très gros opérateurs, il faudra donc sans doute attendre un peu. Avant de quitter le pouvoir en mars 2011, la junte avait lancé un vaste programme de privatisations, notamment du port de Rangoun et des stations-services.

Mais Toe Naing Mann souligne que le pays manque d'infrastructures pour rendre viable la distribution d'essence. Et écarte l'hypothèse de l'arrivée des géants mondiaux.

"Parfois, nous protégeons trop nos intérêts nationaux", reconnaît-il sans admettre directement que les hommes d'affaires liés à la junte avaient tiré le meilleur profit des privatisations.

Le ministre japonais du Commerce vient pour autant d'emmener une délégation de chefs d'entreprises et des hommes d'affaires américains préparent une visite exploratoire.

Mais comme pour le Vietnam des années 90, lorsque les Etats-Unis avaient levé leur embargo, ce sont d'abord avocats et cabinets de conseil qui vont prendre pignon sur rue.

Le secteur des hydrocarbures, les mines et le bois seront assaillis de demandes de licences, ainsi que la banque et le tourisme, pronostique Aekapol Chongvilaivan, de l'Institut des études pour l'Asie du Sud-Est à Singapour.

Mais la corruption, la mauvaise gestion et les "déséquilibres de la politique macro-économique" restent problématiques, relève-t-il, regrettant que les "réformes des marchés industriels et financiers se soient débattues dans des infrastructures inadéquates, des politiques incertaines et un morne climat des affaires".